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4 février 2007 7 04 /02 /février /2007 23:47

Tempête dans les bénitiers

Par Baudouin Eschapasse



Il n'a pas fini de faire des vagues, ce concile Vatican II qui, en 1965, a voulu moderniser l'Eglise. Les traditionalistes en ont perdu leur latin. Benoît XVI semble prêt à le leur rendre.



C'est une église un peu spéciale. Et pas seulement parce que sa nef, contrairement aux usages, n'est pas tournée vers l'est. Implantée au coeur du Quartier latin à Paris, Saint-Nicolas-du-Chardonnet est en effet le bastion de l'un des courants les plus conservateurs du catholicisme français. Les visiteurs qui franchissent son portail néobaroque - l'édifice a été construit entre 1656 et 1763 mais sa façade ne date que de 1937 - éprouvent l'irrésistible impression d'effectuer un voyage dans le temps. Les cinq messes quotidiennes y sont dites en latin. Les prêtres de garde, qui y attendent les fidèles en quête de confession, sont en soutane noire. Et les missels utilisés à chacun des offices portent tous un imprimatur antérieur à 1962.

L'abbé Xavier Beauvais, qui préside aux destinées de cette communauté, a beau récuser l'adjectif de fondamentaliste et se présenter, avant tout, comme traditionaliste, son église est aujourd'hui la vitrine de l'intégrisme catholique français. Il suffit pour s'en convaincre de consulter la prose publiée, tous les mois, dans le petit bulletin d'information.

Le curé de cette église y promeut, inlassablement, ce qu'il appelle une « foi intègre ». Il y encourage ses paroissiens à la « refondation » d'un culte chrétien « authentique ». Ce qui passe, à l'en croire, par le rejet des orientations prises par le Saint-Siège depuis les années 1970 et ses « folles doctrines syncrétistes, gnostiques, marxistes [et] démocrates ». Antirépublicain convaincu, il appelle de ses voeux la « destruction [des institutions nées] de la révolution antichrétienne ». Résolument hostile aux institutions laïques qui, à l'entendre, vouent l'ensemble de la société à l'enfer, il espère l'avènement d'un ordre nouveau ; ordre dans lequel les lois seraient directement inspirées par Dieu, seul valant alors un « droit naturel » qui exclut le divorce, la contraception et, bien entendu, l'avortement.

La rhétorique de cet homme d'Eglise est sans équivoque. C'est à une « restauration » des valeurs chrétiennes au plus haut niveau de l'Etat et donc à une abrogation de la loi de 1905 que ce traditionaliste fervent appelle dans ses sermons. Un discours qui n'est pas sans rappeler celui des islamistes. Surtout lorsqu'il évoque la tentation du martyre que peuvent éprouver certains de ses fidèles : « Quelques-uns rêvent parfois de martyre, et c'est très bien », écrivait-il ainsi dans une lettre interne datée de septembre dernier. Ou lorsqu'il récuse une société qui promeut outrageusement la raison et oublie la providence divine.

Si la mouvance intégriste catholique ne saurait se réduire à cette seule paroisse parisienne, l'église de Saint-Nicolas-du-Chardonnet en est cependant la vitrine la plus voyante. Les mouvements catholiques intégristes rassembleraient aujourd'hui, si l'on en croit certaines sources du ministère de l'Intérieur (en charge des cultes), près de 50 000 personnes à travers le pays. Leurs chapelles se divisent parfois sur des controverses théologiques ou des questions politiques, mais ces catholiques traditionalistes ont en commun de rejeter en bloc les décisions prises par le Saint-Siège depuis la tenue du concile Vatican II.

Le plus radical et le plus connu d'entre eux est sans conteste le mouvement fondé par l'archevêque Marcel Lefebvre. Né à Tourcoing, le 29 novembre 1905, et mort à Martigny le 24 mars 1991, ce curé issu d'une famille nombreuse (huit enfants) et très pieuse (cinq d'entre eux sont entrés dans les ordres) est ordonné prêtre en 1929. D'abord missionnaire au Gabon, il est sacré évêque de Dakar en 1947. L'année suivante, Pie XII le nomme délégué apostolique pour l'Afrique noire francophone, l'équivalent d'un nonce apostolique ayant rang d'archevêque. A son retour en France en 1962, il reçoit le diocèse de Tulle, en Corrèze. C'est à ce titre qu'il participe au concile Vatican II au sein du groupe Coetus Internationalis Patrum, présidé par le cardinal Browne. Mgr Lefebvre s'y montre immédiatement hostile à ceux qui souhaitent moderniser l'institution catholique. Il s'oppose fermement aux conclusions du concile, n'hésitant pas à manifester une forme de réaction à l'encontre des décisions pontificales.

Fondateur, en novembre 1970, de la Fraternité sacerdotale Saint-Pie-X, il installe dès 1974 un séminaire à Ecône, dans le diocèse de Fribourg, en Suisse. C'est de ce séminaire qu'il appelle l'ensemble des catholiques à un « sursaut » dans un manifeste demeuré célèbre. Ce n'est pas seulement au maintien du rite tridentin qui fait du latin la langue centrale des messes qu'il exhorte alors ses coreligionnaires mais surtout au rejet de l'oecuménisme et de la laïcité, toutes choses qui dévoient, à ses yeux, la foi chrétienne. « Nous adhérons de tout notre coeur, de toute notre âme, à la Rome catholique, gardienne de la foi catholique et des traditions nécessaires au maintien de cette foi, à la Rome éternelle, maîtresse de sagesse et de vérité. Nous refusons, par contre, et avons toujours refusé de suivre la Rome de tendance néomoderniste et néoprotestante qui s'est manifestée dans le concile Vatican II », écrit-il dans cette fameuse déclaration du 21 novembre 1974.

Cette critique, en creux, à l'encontre du pape va motiver la venue d'une délégation apostolique du Vatican, quelques mois plus tard. La curie vaticane souhaite en effet savoir ce qu'il signifie lorsqu'il évoque son refus d'appliquer la modification de la liturgie au motif qu'« à messe nouvelle correspond catéchisme nouveau, sacerdoce nouveau, séminaires nouveaux, universités nouvelles, Eglise charismatique, pentecôtiste, toutes choses opposées à l'orthodoxie et au magistère de toujours », ainsi que sa condamnation de cette « réforme [...] issue du libéralisme, du modernisme, [...] tout entière empoisonnée [qui] sort de l'hérésie et aboutit à l'hérésie ».

Les trois émissaires du pape vont l'auditionner plusieurs heures pour savoir jusqu'où il pousse la désobéissance au souverain pontife. Leurs conclusions sont sans appel. Considérant que ses prises de positions sont incompatibles avec la ligne politique édictée par le Vatican, Paul VI déclare Marcel Lefebvre suspens divinis le 22 juillet 1976. Ce qui lui interdit, en théorie, de dire la messe et d'ordonner des prêtres.

Cette sanction suscite de nombreuses réactions chez les partisans de Mgr Lefebvre. Le 8 août suivant, huit personnalités parmi lesquelles Michel Ciry, Michel Droit, Jean Dutourd et Michel de Saint-Pierre adressent ainsi une supplique au pape pour qu'il revienne sur sa décision. Devant son intransigeance, une centaine de fidèles de l'archevêque « prennent » le 27 février 1977 l'église de Saint-Nicolas-du-Chardonnet et expulsent l'abbé Pierre Bellego qui veillait jusque-là sur cette petite paroisse. Dénoncée par la hiérarchie catholique, cette occupation sera jugée illégale par les tribunaux français. Mais aucune procédure d'expulsion n'a jamais été envisagée par la mairie de Paris, propriétaire des lieux.

Le divorce entre le Vatican et la Fraternité sacerdotale Saint-Pie-X est consommé. La radicalisation de plus en plus poussée de l'évêque d'Ecône aboutira, le 1er juillet 1988, à son excommunication pour conduite schismatique, l'archevêque ayant sacré, la veille, quatre évêques sans autorisation du Vatican.

Depuis son élection, le 19 avril 2005, Benoît XVI semble vouloir renouer avec la congrégation de Mgr Lefebvre. Une commission vaticane, la commission Ecclesia Dei, présidée par l'évêque de Bordeaux Mgr Ricard, vise aujourd'hui à réintégrer les 460 prêtres et 178 séminaristes (formés dans six séminaires) ainsi que les 150 000 fidèles de la Fraternité sacerdotale Saint-Pie-X répartis dans 50 pays. De nombreux points de désaccord demeurent cependant entre ces traditionalistes et le Saint-Siège. Parmi ceux-ci, figure la reconnaissance officielle de la liberté religieuse par Vatican II. Cette reconnaissance d'une liberté de choix heurte les fidèles de Mgr Lefebvre pour qui la doctrine de la « royauté sociale du Christ » ne saurait autoriser aucun culte concurrent. La collégialité promue par Paul VI leur pose aussi problème en ce qu'elle dilue à leurs yeux l'autorité pontificale en accordant trop de pouvoir aux conférences épiscopales. Pire ! L'oecuménisme adopté par le Vatican en 1965 et son corollaire, l'abandon du prosélytisme, leur paraissent une erreur fondamentale.

Ces points d'achoppements théologiques empêcheront-ils le rapprochement des deux bords ? Fort de la réintégration en 2002 de la Fraternité Saint-Jean-Marie-Vianney de Campos au Brésil, qui partageait jusque-là les idées de la Fraternité sacerdotale Saint-Pie-X, le Vatican affiche aujourd'hui sa détermination d'engager le dialogue avec les traditionalistes français. Le 8 septembre dernier, plusieurs anciens abbés proches de Mgr Lefebvre, parmi lesquels Philippe Laguérie, Guillaume de Tanouärn et Paul Aulagnier ont rejoint « la pleine communion avec l'Eglise catholique romaine au sein de l'Institut du Bon Pasteur », selon les propres termes de la nonciature pontificale à Paris. Benoît XVI, dans un signe de conciliation, leur a confié une congrégation nouvellement créée à Bordeaux, l'Institut du Bon Pasteur. Preuve de sa bonne volonté : le pape leur a, en outre, concédé de pouvoir y célébrer la messe exclusivement selon la liturgie traditionnelle de Pie V, donc en latin. Il les a, dans le même temps, invités à une « critique constructive » de Vatican II. La hache de guerre serait-elle en passe d'être enterrée ?


A l'origine de la discorde

Le second concile oecuménique du Vatican, plus couramment appelé Vatican II, a été ouvert par le pape Jean XXIII le 11 octobre 1962 et clos sous le pontificat de Paul VI le 8 décembre 1965. Portant tout à la fois sur l'organisation des célébrations liturgiques, le lien que devait entretenir l'Eglise catholique avec les autres confessions religieuses, et les problèmes théologiques, comme la liberté religieuse et la révélation, ses conclusions ont donné lieu à diverses publications : Dei Verbum (sur la révélation), Gaudium et Spes (sur les rapports de l'Eglise avec le monde moderne), et Lumen Gentium (sur la mission de l'Eglise). L'Eglise catholique y exprime son rejet de toute persécution au nom de la charité chrétienne. Elle affirme solennellement que les juifs ne sauraient être considérés comme responsables de la mort du Christ et affiche son désir de renouer le dialogue avec les protestants et l'Eglise d'Orient. Le Vatican y affirme enfin son intention d'associer plus activement les laïcs aux cérémonies religieuses.



Comprendre

Tridentin
Rite adopté au concile de Trente. Les bréviaires et missels utilisés pour les offices sont en latin.


Pie V
Pape de 1566 à 1572. Défenseur de la réforme tridentine, il impose l'usage du missel romain à toute l'Eglise. D'où l'expression "messe selon saint Pie V".


Pie X
Pape de 1903 à 1914. C'est sous son pontificat que la France adopte la loi dite de séparation des Eglises et de l'Etat, en 1905.


Œcuménisme
Du grec oikoumenikos, "universel". Il préconise l'union de tous les chrétiens en une seule Eglise et encourage le dialogue interreligieux.

Sources
Historia

Posté par Adriana Evangelizt

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Published by Adriana Evangelizt - dans RELIGION-INTEGRISME
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