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4 février 2007 7 04 /02 /février /2007 23:42

Les chrétiens se vouent au martyre

Par Anne Logeay




Pourquoi les Romains, qui comptent parmi les peuples les plus tolérants en matière religieuse, en sont-ils arrivés à persécuter cette religion nouvelle, qui présentait un message de paix ?



On ne saurait compter le nombre des saints dont nous voyons les restes dans la ville de Romulus... ces tombes silencieuses sont couvertes de marbres muets », écrit le poète (chrétien) Prudence, au IVe siècle de notre ère. Jeux du cirque, croix, supplices ou plus « simplement » mises à mort de chrétiens... Comment les Romains en sont-ils arrivés là ?

Au début, les chrétiens, confondus avec les juifs, jouissent du statut d'exception. Mais ils font vite figure de groupe à part, et s'attirent des critiques : en 49, l'empereur Claude chasse les juifs de Rome, parce qu'ils provoquent des troubles « sous l'impulsion de Chrestos ». S'agit-il d'une référence au Christ ? ou aux premiers chrétiens ? Dès cette époque aussi, des auteurs comme Tacite, Suétone ou Pline le Jeune, condamnent cette religion d'un nouveau genre, accusant ses fidèles de crimes et surtout de « haine pour le genre humain ». Toutefois, ces écrivains reflètent une hostilité populaire face au monothéisme intransigeant affiché par les chrétiens, plutôt qu'une politique consciente et organisée contre eux. Même si leur différence les désigne à la vindicte générale, comme après l'incendie qui ravage Rome en 64. Néron détourne les soupçons qui pèsent sur lui en accusant les chrétiens d'en être les auteurs et les livre aux jeux du cirque ou aux supplices. « Ils furent reconnus coupables, écrit Tacite, moins du crime d'incendie qu'en raison de leur haine pour le genre humain. A leur exécution, on ajouta des dérisions, en les couvrant de peaux de bêtes pour qu'ils périssent sous la morsure des chiens ou en les attachant à des croix, pour que, après la chute du jour, utilisés comme des torches nocturnes, ils fussent consumés. Néron avait offert ses jardins pour ce spectacle. » Les apôtres Pierre et Paul font partie des victimes : Pierre est crucifié au pied de la colline du Vatican, et Paul, emprisonné dans l'attente de son second procès depuis 62, est décapité hors des murs de Rome.

Sans doute faut-il voir derrière ces actes de répression une simple action de police : pour être à même d'agir contre les chrétiens, il suffit aux magistrats d'exercer leur pouvoir de coercition à l'encontre du délit constitué par l'existence d'une religion illicite. A ce délit principal s'ajoute au cours des ans la supposition de tous les crimes attribués aux chrétiens : lèse-majesté, refus du culte impérial... Il semble que l'Empire ait tenté de réprimer et de contenir une religion non reconnue, qui troublait l'ordre public.

Eusèbe de Césarée (vers 265-340) et ses successeurs placent sous Domitien la deuxième persécution, peut-être motivée par le refus des chrétiens de payer l'impôt spécifique réglé par les juifs depuis la chute du temple de Jérusalem, le fiscus iudaicus. Dès lors, ils perdent le statut de religion tolérée, concédée au judaïsme. Sous prétexte d'« athéisme et de moeurs juives » (donc chrétiennes), l'empereur fait exécuter plusieurs membres de sa famille et des sénateurs. Les allusions de Jean de Patmos, l'auteur de l'Apocalypse, aux souffrances des chrétiens de son temps, la mention des difficultés rencontrées alors par ceux de Rome montrent que sur tout le territoire méditerranéen, ces derniers vivent désormais dans un climat d'hostilité. Mais, extérieurement, cela ne se traduit que par des mesures ponctuelles. Pas plus que leurs prédécesseurs, les Antonins ne légifèrent contre le christianisme.

La question chrétienne, auparavant limitée à un petit nombre d'individus considérés comme des agitateurs, commence à changer de dimensions : l'expansion de la secte va bientôt requérir des outils plus adaptés. C'est que les chrétiens, vivant à l'intérieur de l'Empire, apparaissent comme des éléments inassimilables en refusant de participer aux cultes publics, et principalement à celui de l'empereur, considéré comme un élément essentiel de la vie civique, et en refusant de prêter serment. Celui qui prête serment jure par tous les dieux du panthéon romain, ainsi que sur l'empereur, grand pontife de la religion d'Etat. Par sa nature même, le serment est incompatible avec le culte, la latrie, que le chrétien doit à Dieu seul. Prêter serment et devenir renégat, et séparé de l'Eglise, ou se mettre en marge de la communauté romaine : tel est le dilemme auquel vont devoir dès lors faire face les chrétiens. Or la prédication chrétienne connaît un succès constant, et gagne progressivement l'ensemble du monde méditerranéen.

Il semble que l'empereur Hadrien ait insisté sur les garanties dont les chrétiens traduits en justice doivent pouvoir jouir, et ordonné de ne les punir que pour des délits précis et dûment prouvés. Mais son successeur, Antonin, sincèrement attaché aux traditions païennes, se montre plus sévère, sans que l'on puisse encore parler de persécution. Sous Marc Aurèle, on signale un certain nombre de cas de martyres. Ainsi Justin, le plus grand apologète chrétien de son temps, meurt-il martyrisé vers 165, et en 177, la communauté de Lyon est-elle durement frappée, épreuve dans laquelle périssent Blandine et ses compagnons, esclaves, artisans et commerçants. Sous Commode, en dépit de nouveaux cas de persécutions, le sort des chrétiens s'améliore, notamment en Afrique : la favorite de l'empereur, Marcia, obtient la grâce des confesseurs envoyés aux mines en Sardaigne. Il ne s'agit pourtant que de concessions ponctuelles.

La guerre juive de 55-70 et la destruction du temple de Jérusalem ont consacré le déplacement du centre de gravité du christianisme à Rome, qui devient « la Mère et la tête de toutes les Eglises », et la prédication chrétienne gagne les couches sociales les plus aisées. Désormais, les Eglises se structurent et mettent en place un clergé. Au même moment, l'Empire romain connaît une crise sans précédent : politique, économique, sociale et extérieure, avec la pression des barbares aux frontières. Or certains chrétiens comme Tertullien (récemment converti avant d'être en délicatesse avec l'Eglise) multiplient les déclarations provocantes : « Rien ne nous est plus étranger que l'intérêt public. Nous ne reconnaissons qu'une république commune à tous : le monde. La seule chose qui importe aux chrétiens, c'est de le quitter au plus vite. » Ou encore : « Il nous faut lutter contre les institutions des ancêtres, l'autorité des traditions, les lois des maîtres du monde, les argumentations des jurisconsultes, contre le temps, la coutume, la nécessité, contre les exemples, les prodiges, les miracles qui ont fortifié cette foi bâtarde. »

Ce langage trouve un écho parmi les adeptes de Montan, partisans de la continence absolue et du refus des services militaire et civil, que Tertullien rejoint par la suite. Dans ces conditions, le développement de l'Eglise apparaît de plus en plus comme un ferment de désagrégation et une menace pour la stabilité intérieure. A cela s'ajoute le mépris envers une religion répandue parmi les peuples des confins, de la Bretagne à la frontière rhéno-danubienne, en Afrique, en Gaule, et jusque vers l'Euphrate. Les empereurs veulent croire que le salut réside dans le retour aux anciennes traditions de Rome qui, dans le passé, avaient garanti sa force et sa stabilité. L'empereur Septime Sévère (193-211) promulgue en 202 un édit interdisant le prosélytisme tant juif que chrétien. Or l'Eglise tire sa force de sa capacité à recruter. D'où la désorganisation de l'école d'Alexandrie dirigée par Clément, le martyre de catéchumènes en Egypte, en Afrique et en Gaule. La persécution s'apaise à la mort de l'empereur : les cas de violence observés en Afrique sous Caracalla (211-217) et à Rome en 222 ne relèvent que d'incidents locaux et non d'une volonté politique.

En revanche, l'empereur Maximin (235-238) voue une haine tenace à tous ceux qu'il soupçonne de refuser de défendre l'Empire : l'Eglise va-t-elle à ce titre faire l'objet de nouvelles mesures de répression ? Maximin cherche à l'affaiblir en s'en prenant à sa hiérarchie. Selon Eusèbe, « ayant ordonné une persécution, il ordonne de mettre à mort les seuls chefs des Eglises, comme responsables de la prédication selon l'Evangile ». A Rome, l'évêque Pontien et son rival Hippolyte sont exilés ; en Palestine, Ambroise et Protoctète, amis d'Origène, connaissent des difficultés ; une persécution éclate en Cappadoce, résultat de violences populaires approuvées par un gouverneur hostile aux chrétiens. Toutefois, l'Eglise connaît ensuite paix et tranquillité au point qu'on soupçonne l'empereur Philippe l'Arabe (244-249) d'être chrétien, mais ses convictions, s'il en a, restent fort discrètes. Et en 249, des incidents à Alexandrie montrent que l'hostilité publique à l'encontre des chrétiens est loin d'être éteinte.

En 250, Dèce (249-251) promulgue un édit enjoignant à tous les citoyens de l'Empire de sacrifier aux dieux. Ce sont les chrétiens qui sont visés : leur demander cela revient à les forcer à abjurer leur foi en un dieu unique et à leur faire rejoindre le peuple des païens. Tous les moyens sont bons : intimidations, emprisonnements, tortures, exils, tentations de toutes sortes. En Asie, en Egypte, sans doute en Gaule, nombre de chrétiens refusent de se soumettre, et vont à la mort : une bonne part du clergé romain disparaît ainsi. Dès 251 cependant, les confesseurs sortent de prison et les évêques reprennent le gouvernement de leurs églises. La répression qui sévit à nouveau brièvement sous Gallus - les chrétiens sont tenus pour responsables de la peste qui ravage l'Empire - ne masque pas l'échec de cette politique : l'Eglise résiste, et garde son pouvoir d'attraction. Même si, le calme revenu, surgit l'épineuse question des lapsi (« ceux qui sont tombés », c'est-à-dire ceux qui ont renié leur foi chrétienne) voulant retrouver une place dans la communauté : une longue pénitence leur est imposée avant qu'ils soient admis de nouveau à communier.

Sous l'influence de son ministre des Finances Macrin, l'empereur Valérien renouvelle une politique de persécution (257-258), assortie de confiscations. Deux édits, en 257 et 258, ordonnent aux évêques, prêtres et diacres, de sacrifier aux dieux de l'Empire sous peine d'exil. Ils interdisent aussi aux chrétiens de pratiquer publiquement leur culte et de se réunir dans les cimetières, sous peine de mort, déclenchant une persécution assez sanglante : martyre des papes Fabien (250), Etienne (257), Sixte II (258), mort en exil du pape Corneille (253), exil de son successeur, Lucius ; en Egypte, Cyprien et Denys d'Alexandrie sont exilés ; en Afrique, l'évêque Cyprien de Carthage subit le martyre ; en Espagne, c'est le cas de l'évêque Fructueux de Tarragone et de deux diacres. Sans doute y a-t-il aussi des victimes en Gaule. La mort de Valérien, fait prisonnier par les Perses en 259, met fin à la persécution et, vers 260, Gallien promulgue un édit de tolérance ordonnant la restitution aux chrétiens des lieux de culte et des cimetières.

L'Eglise connaît dès lors, jusqu'au début du IVe siècle, une période de tranquillité : c'est la « petite paix de l'Eglise » qui se marque par une expansion considérable du nombre de fidèles dans tout l'Empire, la construction de nombreuses églises et la pénétration du christianisme dans les hautes couches de la société.

Mais le 24 février 303, cette période prend brutalement fin. Un édit prescrit la destruction des églises, la confiscation des livres et des vases sacrés, et stipule enfin que les chrétiens occupant des charges publiques seront déchus de leurs fonctions. Un deuxième édit ordonne l'emprisonnement de tout le clergé, un troisième décide du sort des prisonniers ; un quatrième et dernier, en 304, enjoint à tous les habitants de l'Empire de sacrifier aux dieux, sous peine de supplices, de mort ou de déportation aux mines. En Occident, la persécution touche surtout l'Italie, Rome, et l'Espagne ; elle existe aussi en Afrique ; elle est particulièrement grave en Orient : c'est la dernière persécution générale, la plus longue et la plus sanglante, déclenchée par Dioclétien (284-305). Il s'agit toujours de revivifier l'attachement aux traditions religieuses du passé, qui ont fait la grandeur de l'Empire. Cependant, l'opinion publique ne soutient pas la politique impériale : on constate une mauvaise volonté générale à appliquer les ordres venus de Rome et, en 305, avec l'abdication de Dioclétien, la situation commence à s'apaiser jusqu'à l'édit de tolérance de Galère le 30 avril 311, en faveur du christianisme. Cet édit est appliqué dans tout l'Empire. Les fidèles peuvent désormais se réunir afin de célébrer leur culte.

Si, en Occident, l'édit ne fait que consacrer la situation antérieure, en Orient il représente une transformation radicale. En 312, Constantin, qui vient de vaincre Maxence et d'entrer à Rome, et qui se reconnaît publiquement comme chrétien, intervient auprès de Maximin et lui demande de faire définitivement cesser la persécution. Le 13 juin 313, à Nicomédie, Licinius fait afficher, sur les lieux mêmes où dix ans auparavant avait commencé la persécution, une lettre accordant la liberté de culte aux chrétiens et la restitution de leurs biens. Dès 315, les premiers symboles chrétiens apparaissent sur les monnaies et les dernières figurations païennes disparaissent en 323. Devenu seul empereur d'Occident et d'Orient en 324, Constantin engage l'Empire sur la voie de la christianisation. L



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Spécialiste de l'Antiquité, Anne Logeay est maître de conférences en littérature et civilisation latine à l'université de Rouen. Auteur de Les Enfants perdus. La France et les prisonniers d'Indochine 1946-2003 (Perrin).
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Comprendre

Statut d'exception
Les juifs ont obtenu des autorités romaines un statut privilégié et bénéficient d'une protection impériale qui les met à l'abri des avanies que les autorités locales pourraient vouloir leur faire subir. Tant que les chrétiens sont restés membres des synagogues, ils ont profité du statut des juifs.


Latrie
Pour les chrétiens, forme la plus élevée d'adoration, qui ne doit être accordée qu'à Dieu seul.

Sources Historia

Posté par Adriana Evangelizt

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Published by Adriana Evangelizt - dans RELIGION-INTEGRISME
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