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4 février 2007 7 04 /02 /février /2007 23:26

Etats-Unis : quand la Bible fait loi

Par Sébastien Fath



Les fondamentalistes protestants exercent outre-Atlantique une influence constante sur la vie politique et sociale. Pour autant, les Américains sont-ils prêts à lâcher The Desperate Housewives pour retourner à La Petite Maison dans la prairie ?



La Bible seule ! La Bible dit ! C'est en écho au Sola Scriptura des réformateurs que les protestants les plus radicaux scandent aujourd'hui leurs mantras militants. La science peut plaider pour Darwin, la génétique percer le secret de l'ADN, mais seule la Bible, Parole de Dieu, doit pour eux avoir le dernier mot. Cette insistance obsessionnelle sur les fondements de l'autorité biblique nous rappelle que la radicalité religieuse, chez les protestants, s'exprime moins par l'intégrisme que par le fondamentalisme.

Le fondamentalisme, c'est la manière protestante d'être radical, de pousser à l'extrême un engagement chrétien voulu comme total et sans concessions. Au contraire de l'intégrisme catholique, qui se rattache à une tradition, le fondamentalisme se rattache avant tout à un texte, la Bible, reçue comme inerrante, c'est-à-dire sans erreurs dans ses manuscrits originaux. D'où vient ce mouvement ? Quelle est son histoire ? Quelles stratégies en réseaux a-t-il développées pour peser aujourd'hui sur les affaires du monde ?

Le mot « fondamentalisme » est né au début du XXe siècle en terrain protestant nord-américain. Le terme commence à se répandre aux lendemains de la Première Guerre mondiale, mais le mouvement qu'il désigne préexiste. Il est apparu aux Etats-Unis en opposition aux développements du modernisme théologique. Entre 1910 et 1915, douze fascicules, tirés à trois millions d'exemplaires, sont publiés sous le titre suivant : The Fundamentals : A Testimony to the Truth. Ils comprennent une centaine d'articles théologiques, écrits par les protestants évangéliques les plus en vue de l'époque. Parmi eux, de nombreuses dénominations protestantes sont représentées : on y rencontre le théologien écossais James Orr, le professeur presbytérien à Princeton Warfield, l'évangéliste Torrey, le théologien baptiste du Sud Mullin, ou l'évêque anglican Moule.

Convaincus que les progrès de l'exégèse moderne et du libéralisme menacent de saper les contenus traditionnels de la foi chrétienne, ces auteurs entendent défendre les points fondamentaux de la foi. Parmi ceux-ci, la divinité et l'incarnation de Jésus, Fils de Dieu, la naissance virginale du Sauveur, sa mort expiatoire sur la Croix pour le salut des humains, la résurrection corporelle, la réalité du péché, qui sépare de Dieu et rend l'expiation nécessaire, le salut par la Grâce (et non par les efforts humains), et l'autorité de la Bible, « Parole inspirée de Dieu ». L'unité de ces fascicules n'est pas complète, loin s'en faut. En réalité, les auteurs divergent sur bien des points secondaires, mais ils se retrouvent autour de la nécessité d'une plate-forme commune pour stopper ce qu'ils pensent être un processus de démolition des vérités chrétiennes traditionnelles. Leur positionnement est alors essentiellement théologique, sans grande ambition sociétale et politique.

C'est en référence à ces fascicules et à ce large cercle d'auteurs que s'est structuré le premier fondamentalisme protestant américain, aux ramifications internationales. Porté par plusieurs millions d'Américains soucieux de défendre les enseignements chrétiens traditionnels, ce protofondamentalisme est multiple : maîtres d'oeuvre du Fundamentalist Project, référence en la matière, Martin Marty et Scott Appleby préfèrent même parler de « fondamentalismes protestants ».

Le courant est diffus, disparate, sans unité confessionnelle, comme trans-frontière. Dans la logique protestante, qui relativise l'institution ecclésiale au profit de la relation directe de l'individu avec Dieu, ce fondamentalisme n'a rien d'une armée disciplinée au service d'une sainte cause. Par ailleurs, il n'a pas défendu, à l'origine, de ligne séparatiste, contre-culturelle. Les premiers fondamentalistes entendent au contraire convaincre l'ensemble des chrétiens, l'emporter à l'intérieur des grandes Eglises et dénominations protestantes existantes et terrasser partout le libéralisme théologique comme saint Georges tue le dragon.

C'est dans ce but de conquête qu'est créée la World's Christian Fundamentals Association, en 1919, un an avant que le terme de fondamentalisme entre en usage à la suite de Curtis Lee Laws, éditeur du Watchman Examiner (périodique baptiste). Mais plus dure est la chute. Le rêve de planter le drapeau victorieux de la pureté biblique sur tous les clochers et campus chrétiens s'est fracassé contre le réel, et le courant fondamentaliste, aux Etats-Unis, son principal bastion, comme dans le reste du monde, a graduellement connu une radicalisation qui l'a conduit à renoncer au projet initial. Abandonnant l'espoir de régénérer le protestantisme dans son ensemble, les fondamentalistes ont choisi une option de plus en plus isolationniste, hostile au « monde ».

Quel fut le détonateur de la crise ? Comment cette réaction orthodoxe, aux accents proches du rôle alors joué par le magistère romain dans la crise moderniste catholique, s'est-elle muée en un fondamentalisme vindicatif et dénonciateur dont les médias se repaissent aujourd'hui ? C'est au milieu des années 1920 que s'est amorcé ce basculement, à l'occasion du fameux « procès du singe ». Hostiles à la théorie de l'évolution des espèces de Darwin, les fondamentalistes ont alors voulu faire de la condamnation d'un enseignant évolutionniste, prononcée à Dayton (Tennessee) un symbole de leur influence. Ils gagnent certes leur procès, sous l'impulsion de l'ancien vice-président des Etats-Unis, le démocrate William Jennings Bryan (1860-1925). Mais ils perdent la bataille médiatique. Plus grave encore que les foudres de l'opinion, ils s'attirent le ridicule. Stigmatisés dans la presse, ils passent désormais pour d'obscurantistes bigots hostiles au progrès scientifique.

Dès lors, la cause est entendue pour les premiers fondamentalistes. Après un tel échec dans la conquête de l'opinion, nulle illusion à entretenir sur la conversion de la société tout entière. Finie l'offensive générale au grand jour, place aux tranchées, aux sous-cultures de résistance, réfugiées dans un séparatisme résolu qui relègue le « monde » et ses « péchés » à bonne distance. Poursuivie dans les années 1930, la radicalisation du mouvement fondamentaliste a entraîné des fractures internes. Tirant les conséquences du procès du singe, certains leaders du courant choisissent une stratégie séparatiste. La presse séculière est mauvaise ? Qu'à cela ne tienne, on crée des quotidiens et des périodiques fondamentalistes. L'école publique n'est plus ce qu'elle était ? On la quitte et on fonde ses établissements, du jardin d'enfant à l'université. La radio, puis la télévision menacent les bonnes moeurs ? On crée à leur place les médias audiovisuels demandés par les publics fondamentalistes.

Echouant à transformer l'ensemble de la culture, les fondamentalistes ont choisi l'option de consolider la leur, en nourrissant leurs réseaux locaux de structures alternatives. Mais cette optique contre-culturelle, adossée à une rhétorique dénonciatrice, ne plaît pas à tout le monde. Bien des protestants, compagnons de route du premier fondamentalisme, n'apprécient pas ce nouveau séparatisme, jugé trop belliqueux. Ils souhaitent défendre une doctrine orthodoxe, mais sans politique de séparation et de confrontation agressive avec la culture ambiante.

C'est au sein de ce public critique que se sont affirmées, à partir de 1943 (avec la création de la National Association of Evangelicals), les organisations évangéliques - et non pas « évangélistes », terme impropre. Ces évangéliques sont très puissants aujourd'hui aux Etats-Unis, où ils représentent plus de 70 millions d'Américains, mais aussi dans le monde : au moins 200 millions d'individus sans compter les pentecôtistes, qui feraient au moins doubler la statistique. Mais ils ne peuvent pas être tous assimilés à des fondamentalistes ou des intégristes. Parmi les présidents américains qui se réclament de cette orientation, on compte aussi bien George W. Bush que Bill Clinton ou Jimmy Carter. Si tous les fondamentalistes protestants sont évangéliques, dont ils constituent l'aile radicale, tous les évangéliques ne sont pas fondamentalistes. Cette différenciation s'est faite dans les années 1930-1940 ; et, depuis la Seconde Guerre mondiale, la fracture entre les deux a tendance à s'accroître.

Tandis que les protestants évangéliques s'engagent de plus en plus fermement sur les sentiers oecuméniques, aboutissant à la signature d'un premier document théologique majeur au printemps 1994 avec les représentants du catholicisme américain (Evangelicals and Catholics Together), les fondamentalistes, au contraire, accentuent leur séparatisme avec les autres chrétiens, en durcissant trois éléments qui deviennent leurs signes de ralliement et les piliers de leur mouvement.

Le premier trait consiste en une eschatologie particulière. Elle est à caractère prémillénariste et largement marquée par une vision dispensationaliste de l'Histoire. Pour les fondamentalistes, celle-ci va de mal en pis : seul le retour de Christ, instaurant le Millenium (règne de 1 000 ans), pourvoira à l'attente des élus. D'où une vision pessimiste du monde, qui nourrit les réflexes contre-culturels. A cette conception prémillénariste s'ajoute l'impact du dispensationalisme, doctrine qui découpe l'histoire en sept « dispensations » durant lesquelles Dieu agit à chaque fois de manière spécifique. Selon cette doctrine, qui s'appuie sur la traduction Scofield de la Bible (1909), nous vivons aujourd'hui l'avant-dernière « dispensation », marquée par le « rétablissement d'Israël », prélude immédiat au retour du Christ en gloire. D'où le soutien appuyé des fondamentalistes américains à Israël, envisagé comme conforme au plan de Dieu.

Le deuxième trait qui caractérise le fondamentalisme du dernier demi-siècle est l'inerrance de la Bible. Déjà affirmé précédemment, ce critère postule la Bible « sans erreurs ». Il devient alors obsessionnel. Contrairement à une idée reçue, ce principe d'inerrance ne signifie pas que les versions actuelles de la Bible soient considérées sans erreurs. L'interprétation n'est pas non plus complètement « littérale », car l'exégèse des textes (et leur hiérarchisation sélective) est tout autant pratiquée dans les rangs fondamentalistes qu'ailleurs. Cependant, la valorisation extrême de ce principe d'inerrance entraîne une méfiance croissante pour tout recours aux sciences humaines dans l'interprétation des textes bibliques, stérilisant le débat intellectuel et éthique (notamment sur la question évolutionniste) au nom d'arguments d'autorité. Si « la Bible dit », il faut s'exécuter, sous peine de dévier de la vérité et de s'exposer au courroux divin.

Enfin, la dernière caractéristique de l'évolution fondamentaliste depuis 1945 est l'essor d'une idéologie séparatiste, appuyée sur le verset biblique de la Seconde Epître aux Corinthiens (6, 17) : « Sortez donc d'entre ces gens-là, et mettez-vous à l'écart, dit le Seigneur ; ne touchez à rien d'impur. Et moi, je vous accueillerai. » Elle postule le principe suivant : « Aucune collaboration avec ceux qui collaborent avec les libéraux. » Ils s'opposent frontalement sur ce terrain aux protestants évangéliques, dénonçant par exemple l'apostasie du prédicateur évangélique Billy Graham, qui associe des catholiques dans ses croisades depuis la fin des années 1950. Ces ouvertures oecuméniques passent, aux yeux des fondamentalistes, pour une grave compromission, voire une trahison. Les fondamentalistes post-1945 ont renoncé de fait à toute tentative de transformer les dénominations existantes de l'intérieur, préférant faire bande à part et multiplier leurs propres structures de défense et de formation, portées en particulier par les strictes universités sudistes Bob Jones, Liberty University ou Regent University.

On observe cependant une inflexion au cours des années 1970. Les fondamentalistes sortent alors de leur isolement, non pas pour réinvestir les grandes dénominations, dont ils sont plus que jamais séparés, mais pour influer sur la politique. Depuis 1979, des figures comme les télévangélistes Jerry Falwell (fondateur de la Moral Majority), Pat Robertson (fondateur de la Christian Coalition) ou Ralph Reed (qui incarne la relève de la Nouvelle Droite chrétienne) ont défrayé la chronique par leurs efforts répétés pour faire progresser à Washington leur agenda conservateur. Mais l'hypothétique « majorité morale » qu'ils invoquent s'est réduite à un poids direct d'environ deux millions d'électeurs : suffisant pour peser sur les élections, mais bien trop faible pour infléchir la législation fédérale ou faire triompher un candidat maison. Parmi les fruits de la sécularisation et de la libéralisation de la société états-unienne depuis les années 1960, ni l'avortement, ni la banalisation de l'homosexualité, ni la multiplication des divorces, ni l'abandon de la prière à l'école n'ont subi de remise en cause frontale, que la majorité des Américains n'accepterait pas.

Si les fondamentalistes sont tellement bruyants aujourd'hui, ce n'est pas parce qu'ils sont plus puissants, c'est au contraire parce que le mouvement dominant de la société leur échappe de plus en plus. Quand l'Amérique de La Petite Maison dans la prairie reflétait davantage leurs valeurs, on les entendait moins. C'est parce qu'ils perdent du terrain qu'ils protestent, et non l'inverse. Dans l'Amérique de Desperate Housewives, le fondamentalisme reste bien vivant et exerce une influence partielle, au-delà de son périmètre, sur 70 millions d'Américains. Mais face à la libéralisation de la société, il n'en a pas moins échoué dans sa tentative de renverser la vapeur.



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Sébastien Fath. Chercheur au CNRS, chargé de conférences à l'Ecole pratique des hautes études, il a publié Dieu bénisse l'Amérique. La religion de la Maison Blanche (Seuil, 2004), Militants de la Bible aux Etats-Unis. Evangéliques et fondamentalistes du Sud (Autrement, 2004), et Du ghetto au réseau. Le protestantisme évangélique en France, 1800-2005 (Labor et Fides, 2005).
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Comprendre

Eschatologie
Théorie des fins dernières de l'homme et du monde.


Inerrance
Infaillibilité de la Bible. Si le Saint-Esprit est bien l'auteur premier de l'Ecriture, celle-ci ne saurait nous induire en erreur en quoi que ce soit : l'infaillibilité de la Bible est celle de Dieu lui-même.



Dispensationalisme

Ce néologisme, répandu plutôt dans le monde anglophone, provient de l'idée que l'histoire du monde est divisée en sept âges, ou dispensations. Nous sommes censés vivre actuellement la fin du sixième âge, attendant simplement le retour de Jésus qui inaugurera l'âge final, le glorieux règne millénariste, une période de mille ans. Ce retour sera précédé de l'enlèvement au ciel des vrais croyants (le ravissement), de sept années de grandes épreuves (la tribulation) et d'une guerre au Moyen-Orient qui culminera dans la grande bataille d'Harmagedôn (Ap, 16,16), juste avant le retour de Jésus. Ce schéma très élaboré est censé provenir de la Bible. En fait, il a été imaginé au siècle dernier en Angleterre par John Nelson Darby (1800-1882), un des fondateurs des Frères de Plymouth. C.D.

Sources Historia

Posté par Adriana Evangelizt



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Published by Adriana Evangelizt - dans RELIGION-INTEGRISME
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