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7 janvier 2007 7 07 /01 /janvier /2007 15:10

 

 

Mourir en Palestine

par Adriana Evangelizt

 

Un jour ici, il y aura des rires de femmes et des enfants gouailleurs... c'est ce qu'elle se dit en avançant dans la rue déserte, défoncée par les chars, sous une chaleur étouffante. Tout est si vide. Si misérable. Si mort. Comme si la désolation s'était abattue sur la petite ville. Pas un chant d'oiseau dans le ciel fendu par un drone. L'Ennemi est aux aguets. Il contrôle tout. Vole tout. Même la terre. Même la mer. Même la vie. Dans sa tête défilent des images terribles. Dans sa gorge, il y a comme un goût de souffre et de sang. Les rires sardoniques des bourreaux éclatent sa mémoire. Elle les a vus humilier... frapper... cracher. Des visages horribles plein de fiel et de haine. Barrés de mauvais rictus. Ils n'avaient plus rien d'humains. Mais dansait au fond de sa tête la silhouette de l'Homme à la longue robe blanche. Il souriait. De Ses lèvres s'envolaient des mots d'or qui calmaient les blessures. Dans Ses yeux luminescents s'ouvrait un chemin infini où il n'y avait pas de place pour la fureur des hommes. Et lorsque son front brûlait, elle le posait dans Ses mains miraculeusement douces à ressusciter les morts. C'est pour Lui qu'elle était venue dans ce pays de rêve transformé en cauchemar. Un pays jadis radieux où le miel coulait à flots pour les nantis. Pas pour les pauvres. Mais ce qu'Il n'avait pu accomplir, elle ne le pourrait pas non plus. Elle voulait juste connaître la même fin de Son destin tragique... mourir en Palestine.

Un léger sourire planté sur les lèvres... elle avance... un jour ici, il y aura des hommes au visage irradié de soleil qui tendront des fruits aux gens venus d'ailleurs. Quand se sera tue la révolte. Quand la terre aura enfin repris sa place dans le cœur de ceux qui la croyaient perdue. Quand les Fils de l'Ennemi ne tueront plus les colombes mais les laisseront s'envoler dans l'azur pour porter l'espoir aux Peuples de l'Univers. Il arrive parfois que le Fils laisse tomber l'Héritage du père, trop lourd à porter. Il rêve d'un monde meilleur où le rire de ses enfants se confondra avec celui de l'Ami possible. Il rêve en secret d'une main qui se tend enfin vers l'Autre... vers l'Humilié n'attendant rien d'autre que ce geste du presque Frère. Il rêve de ce face à face... quand les armes tombent sur le sol ancestral pour laisser la place à l'étreinte fraternelle...  quand le cœur bat si fort du bonheur tant espéré et que naissent les larmes pétries dans la douleur et dans le sang. Les larmes venues du cœur enfin retrouvé. Un jour... les Fils de l'Ennemi en auront assez de mourir en Palestine...

Elle avance, libre dans sa tête... amorçant le virage qui lui révèlera la dernière ligne droite obscurcie par le barrage de l'Ennemi. Elle sait qu'elle est presque arrivée au bout de son chemin. C'est bientôt la fin du voyage. Danse dans sa mémoire, la silhouette endolorie de l'Homme à la longue robe blanche souillée par le déchaînement de l'absurde bêtise humaine. Toutes ces faces grimaçantes deformées par la haine L'injuriant...  Lui ployant sous la lourde croix qu'il Lui faudra porter jusqu'au bout du Calvaire. Parviennent à son esprit les plaintes étouffées du Maître de la Lumière trahi par les forces de l'Ombre. Livré à l'Adversaire par les crucifieurs de Vérité. IL lui montre la Voie. Au milieu des crachats et des insultes, Il sourit encore pour donner plus de détachement au sacrifice qu'elle a consciemment choisi... mourir en Palestine.

Elle avance... la croix dressée sur l'horizon lui apparaît dans toute sa cruelle réalité... énormes blocs de pierre, jeeps, tanks et soldats vêtus d'horribles tenues vertes. Le canan de leur armes miroitantes accroche parfois un rayon de soleil. Tout est si calme. Ici, la vie est interdite. Un no man's land de désolation où les portes fermées des maisons en ruines portent le signe des voleurs d'identité. Un jour viendra où les balcons crouleront sous les guirlandes de fleurs multicolores... où les voix des femmes affairées se mêleront aux rires des enfants heureux de vivre... l'Enfance est le sel de la terre et c'est par elle que se perpétue l'Eternelle Tradition enfouie dans le cœur des hommes. Chacun porte au fond de lui le rêve à réaliser pour les générations futures. Un monde de Paix et d'Amour tracé à la pointe blanche de la Liberté. Un jour viendra où les hommes, ennemis d'hier, s'inviteront les uns les autres pour fêter la venue du nouveau-né... le mariage de l'Ainé... le départ de l'Ancêtre. Il y aura quelque chose de grave au fond de leur regard lorsqu'ils partageront ces moments d'existence. Il y aura le souvenir de tout ce temps perdu à se maudire... à se haïr... à s'anéantir. Toute cette douleur en héritage qui meurtrira encore leur âme lorsqu'ils se feront face, main posée sur l'épaule. Le souvenir est une pierre lourde posée dans le coeur des héritiers. Mais ils tourneront ensemble leur visage vers un demain où le passé volant en éclats n'aura plus sa place. Et où plus aucun d'entre eux ne voudra dans la violence... mourir en Palestine.

Elle avance, toute de noir vêtue... couleur de son propre deuil. Un vent léger se lève soudain dansant dans sa longue chevelure d'or... atténuant la chaleur étouffante rendant l'éther presque irrespirable. Il lui semble entendre comme un murmure. Les Fils de l'Ennemi doivent se concerter pour adopter la démarche à suivre... pense-t-elle. Elle connaît par cœur leur comportement prévisible. Cris et vociférations... pour commencer. Quelques rafales tirées en l'air puis autour d'elle... pour l'intimider. Elle ferme les yeux. La centaine de mètres restant à parcourir se fera à l'aveugle. Danse au fond de sa tête les mains douloureuses de l'Homme à moitié nu... déchirent ses tympans les hurlements de douleur quand s'enfonce les clous meurtrissant ses paumes bienfaitrices... suintent les gouttes de sang du Sacrifié sur les parois de sa mémoire... elle remonte lentement les bras à l'horizontale... porter jusqu'au bout le souvenir de l'Ineffable. Se perdre dans le sourire de Sa bouche éclatante aux mots étincelants... diamants de paix distribués pour le bonheur des plus petits... volés par les puissants pour asservir les hommes les obligeant à... mourir en Palestine.

Elle avance...  un sentier lumineux tracé dans son esprit. Fusent dans l'espace les premiers avertissements des Fils de l'Ennemi. Le cliquetis des armes. Va s'intensifiant le murmure. Une multitude de chuchotements semblant venir de derrière elle. Ne serait-elle pas seule sur son dernier parcours ? Les hurlements redoublent d'intensité. Que disent-ils ? Que veulent-ils ? Les premiers coups de feu explosent. Paupières closes, elle avance toujours. Plane au lit de sa mémoire l'ombre d'une croix écartelant un ciel obscur strié d'éclairs. Tout est accompli. Danse dans son esprit, la silhouette de l'Homme à la longue robe blanche. Il vient d'ouvrir la porte luminescente qui dort dans l'âme des mortels.  IL sourit en lui tendant la main pour l'aider à franchir le pont brillant où marcheront un jour les vainqueurs et les vaincus. Les maîtres et les esclaves. Les oppresseurs et les opprimés. Elle y pose son pied lorsque le premier impact touche de plein fouet sa main droite. A peine a-t-elle tressauté. Bras toujours en croix, elle avance encore, poitrine offerte aux balles des Fils de l'Ennemi. La voilà maintenant au milieu du pont céleste où l'entraîne le Prince de la Fraternité. Elle ne ressent que très légèrement le second impact qui a heurté sa main gauche. Un goût acre de poudre s'insinue dans sa gorge. Tant de larmes. Tant de sang. Tant de vies fauchées pour l'harmonie triomphante à venir. Elle suit dans son esprit la silhouette tout en radiance de l'Homme vêtu de la longue robe blanche éblouissante. Les voilà maintenant parvenus de l'autre côté du pont là où le temps n'existe plus. Elle se sent comme soulevée de terre par une vague puissante. Mourir ne serait-ce donc que cela ? Être aspiré par l'Eternité. A présent il lui semble qu'elle flotte dans les airs... le Seigneur de l'Amour fulgurant qui guérit l'emporte au sommet de la montagne sacrée où furent trahies tant de paroles... tant de promesses... tant de serments... elle a l'impression que sa course terrestre est finie. On la couche sur la terre ferme. Une tête se pose sur sa poitrine. Elle sent comme des gouttes de pluie tomber sur son visage... noyer ses lèvres. Les gouttes ont la chaleur et le goût des larmes... le sel de la terre. Elle ouvre enfin les yeux... tout lui parait flou... des ombres s'agitent... dans sa mémoire, l'Homme à la longue robe blanche S'éloigne lentement... Il se retourne une dernière fois... lui sourit tandis que les mains des Fils des Ennemis se joignent au-dessus d'elle  et que l'un d'eux murmure des sanglots dans la voix... "C'est un grand jour aujourd'hui Madame... un grand jour... mais pas un jour pour... mourir en Palestine."

 

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Published by Adriana Evangelizt - dans Mes Textes et Réflexions
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commentaires

Nathaniel 09/01/2007 23:06

Et bien fasse que Dieu t\\\'écoute Adriana et que les Fils des Ennemis deviennent des amis. Super ton histoire !

Nathaniel 09/01/2007 23:06

Et bien fasse que Dieu t'écoute Adriana et que les Fils des Ennemis deviennent des amis. Super ton histoire !

André 09/01/2007 15:56

Oui, un texte magnifique, l'union parfaite du coeur et de la raison. Quand l'âme et l'intelligence se conjuguent, tout est possible. Bravo, ce texte m'émeut profondément.

Freeman7 08/01/2007 15:24

Un très beau texte, Adriana. Tu as trouvé le noeud de la zone fractale. Rares sont ceux qui le trouvent. Et c'est pourtant de là que tout part et où tout doit revenir. Nous t'observons dans ta progression plutôt fulgurante. Comme tu dois le savoir... il y a beaucoup d'appelés mais peu d'Elus.
Fraternellement