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31 octobre 2006 2 31 /10 /octobre /2006 01:19

De l'apparition à la disparition

par Jean-Luc PARANT


Nous voyons et nous touchons mais tout ce que nous voyons et tout ce que nous touchons n'est jamais vu ni touché à sa propre taille, car dans la lumière nous sommes toujours trop loin de tout et dans l'obscurité toujours trop près.


Nous voyons et nous touchons le monde plus petit ou plus grand qu'il n'est réellement car le monde bouge, nous bougeons. Le monde est en mouvement, le monde est vivant, nous sommes vivants. Tout change sans cesse de dimensions pour pouvoir entrer dans tout, sortir de tout et se reproduire pour se multiplier et trouver place dans l'infini en expansion.


Nous voyons pour que le minuscule puisse surpasser l'énorme, pour que la main puisse cacher le soleil. La vue peut faire entrer l'infini dans l'infime et l'infime dans l'infini et les faire contenir entièrement l'un dans l'autre. La vue peut faire entrer le soleil par les fenêtres et les yeux dans le ciel de la nuit. Quand nous faisons un pas nous en faisons mille sur ce que nous voyons. Tout est visible de pouvoir se grouper sur d'infimes espaces.


Seulement dans l'immobilité totale le monde est à sa taille réelle, le monde est infime et infini et rien ne peut plus entrer ni sortir, rien ne peut plus s'accoupler, apparaître et disparaître.


Le monde bouge et nous bougeons pour que l'infime soit plus grand et l'infini plus petit, pour que nous puissions vivre ici dans un monde à notre taille. Si nous ne bougions pas, si le monde ne bougeait pas, si rien ne bougeait nous serions à la fois très petits et très grands infimes et infinis.


Nous bougeons mais nous n'avons pas de dimensions car nous ne sommes jamais là en mouvement où il faudrait que nous soyons pour être à notre taille, nous ne sommes jamais là vivant où nous ne bougeons plus.


Nous n'avons pas de taille. Nous ne voyons pas le sommet de notre corps; nous ne le voyons pas parce que nous pensons avec lui. Sous nos pieds la terre nous continue, sous nos pieds la terre est notre corps comme le soleil est notre tête au-dessus de notre front.


Nous ne pouvons pas représenter ce qui nous entoure à sa propre taille car la taille réelle du monde n'existe pas dans un monde vivant. Le mouvement diminue et augmente tout ce qui nous entoure. Le sexe qui donne la vie n'est jamais à sa taille. Il grossit ou s'ouvre, rapetisse ou se referme.
Une infime poussière devient énorme quand elle tombe dans notre oeil comme si elle arrivait si vite et de si loin qu'elle provoquait un cataclysme dans notre vision comme si nos yeux ne vivaient pas ici sur la terre mais très loin dans l'espace.


L'homme a mis le monde à une autre dimension pour pouvoir y vivre. Car à sa propre dimension le monde est impossible à vivre : la terre est trop grosse et son mouvement sous nos pieds et dans l'espace nous projetteraient infiniment loin dans le vide. Le soleil est trop gros et nous brûlerait, il brûlerait tout.


Si nous ne sentons pas le mouvement de la terre sous nos pieds c'est parce que nous n'avons pas conscience de la dimension de la terre dans l'espace. Si nous arrivons à cacher le soleil avec la main c'est parce que le soleil n'est plus une boule de feu suspendue au-dessus de notre tête, le soleil est devenu de la lumière qui nous fait briller les yeux. Nous ne vivons plus dans l'effroi d'un monde en feu et brûlant, mais dans la joie d'un monde éclairé et lumineux.


Nous ne pourrions pas vivre dans un monde où tout serait à sa taille réelle. Le soleil n'est jamais à sa propre dimension, même s'il était à quelques mètres au-dessus de notre tête. Il faudrait entrer tout entier dans le soleil, brûler en lui pour que nous puissions prendre conscience de sa taille et de son feu.
Nous ne pourrions pas vivre dans un monde où tout serait à sa taille réelle car c'est que nous serions dans tout, non pas au-dehors, devant ou derrière, dessus ou dessous, non pas loin ou près, très loin ou très près, mais au-dedans du monde, profondément à l'intérieur de tout. Et c'est que rien ne serait apparu à la surface de la terre.


Quand la terre n'est ni vue et ni touchée elle est à sa dimension. Quand il n'y a plus d'yeux, plus de mains, plus d'oreilles, plus de bouches, plus de nez, plus de sexe quand il n'y a plus de corps, quand le monde est un désert, quand tout est vide, quand il n'y a plus seulement que le néant le monde est à sa taille réelle.

Nous ne pouvons pas dire que nous voyons.
Vous ouvrez les yeux mais vous ne voyez pas. Le seul mouvement de vos paupières ne vous suffit pas pour voir, car tout ce que vous voyez a une infinité de mouvements de par l'espace qui vous entoure.
Tout ce que tu vois a une infinité de faces.


J'ouvre les yeux mais ce n'est pas voir, c'est deviner ce qui est devant l'homme, c'est imaginer ce que la femme ne peut pas toucher, c'est supposer voir ce qui est devant les yeux des enfants.
Tu ouvres les yeux mais si en plus je ne bouge pas alors nous ne voyons rien. Si tu n'avances pas nous sommes aveugles, si l'homme ne marche pas autour de ce que nous croyons voir tu es sans yeux devant le monde.


Nous ne voyons pas si nous ne faisons pas un nombre incalculable de mouvements dans la lumière.
Tu ouvres les yeux mais tout est dans le brouillard, le monde est flou, tout est voilé. Tu ne peux pas voir simplement en ouvrant les yeux. C'est seulement si tu marches des heures et des jours tout autour de ce qui nous entoure, puis que tu continues pendant des années, des siècles et des millénaires que nous nous envolerons au-dessus du monde, que nous ramperons au-dessous, que nous entrerons dans le monde jusqu'à nous immerger tout entier en lui comme un oeil démesuré dont la paupière serait toute la peau du corps de l'homme.
Seulement dépouillé, tu verras. La chair à vif nous serons voyants.


C'est quand vous aurez parcouru d'immenses distances et que votre corps se sera frotté et poli contre le monde jusqu'à devenir brillant et lisse comme un oeil que tout sera devenu visible autour de nous.
Avec les yeux, toutes les routes bifurquent vers le ciel, toutes les routes continuent vers le haut. Plus de chemins de terre mais des chemins de ciel qui montent vers le soleil.



Les yeux ne se voient pas. Ni le droit voit le gauche, ni le gauche voit le droit. Ils ne se voient pas parce qu'ils sont si près l'un de l'autre qu'il fait nuit entre eux. Ils ne se voient pas parce qu'ils voient et que voyants il fait jour devant eux. Si les yeux se voyaient il ferait jour entre eux et nuit devant l'homme et la femme.
Nos yeux sont inséparables : ouverts ils voient, fermés ils se touchent, ouverts ils s'unissent pour que tu puisses voir devant toi, fermés ils s'unissent pour que mes mains puissent les remplacer et toucher le monde devant moi.

Le monde n'est pas le même à pied qu'en vélo, en vélo qu'en voiture, en voiture qu'en avion, en avion qu'à quatre pattes. Le monde est toujours différent suivant l'endroit d'où nous le voyons, suivant la position dans laquelle les hommes se trouvent, suivant le moyen de locomotion avec lequel les femmes le parcourent, suivant l'heure qu'il est, suivant qu'il fait jour ou nuit, suivant que nous sommes au printemps, en été, en automne ou en hiver.


Vous avez devant vous une infinité de mondes dans un seul monde, car le monde change sans cesse : il suit le mouvement des hommes et des femmes mais aussi le mouvement de la terre. Il se déplace sans cesse parce qu'il suit le déplacement des corps sur la terre et le déplacement de la terre dans le ciel. Le monde que vous voyez devant vous est irreprésentable.

Quand il y a la nuit le jour, elle est plus forte que la nuit. Quand il y a le jour la nuit, il est plus fort que le jour.

Le monde peut se contenir une infinité de fois. Je peux voir dix ou vingt fenêtres à travers ma fenêtre, et plus elles seront loin de ma fenêtre plus ma fenêtre en contiendra.


Mes yeux sont des fenêtres ouvertes sur le ciel. Mes yeux peuvent contenir tous les yeux mais tous les yeux seraient si loin de tes yeux que mes yeux ne les verraient plus.


Tout ce que voient mes yeux est très loin de tes yeux, comme la fenêtre contient un morceau de ciel qui est si loin de la fenêtre que la fenêtre peut le contenir.


Une seule fenêtre peut contenir des milliers de fenêtres de la même grandeur qu'elle. Une fenêtre peut se contenir une infinité de fois comme tes yeux peuvent contenir des milliers d'yeux. Comme mes yeux peuvent se contenir une infinité de fois.


Dans le ciel, une infinité d'étoiles le contient. dans mes yeux, une infinité d'yeux les contient. Tes yeux contiennent l'univers, un univers infiniment éloigné d'eux.


Le contenu du monde c'est son infinité. le monde est fait de son infinité. Le contenu du monde c'est sa répétition infinie à l'infiniment loin. Je vois d'être loin. Plus tu es loin, plus tes yeux contiennent de monde.

Dans ma fenêtre qui mesure environ un mètre sur deux il y a un champ immense, puis une dizaine de maisons et de chemins, puis une centaine d'arbres. Dans ma fenêtre qui mesure toujours un mètre sur deux il y a aussi un morceau de ciel dans lequel brille le jour un énorme soleil plus gros que la terre. Il y a un morceau de ciel qui contient une infinité d'étoiles la nuit.


Il me semble inimaginable d'ouvrir les yeux et de voir dans la fenêtre qui est ouverte devant moi qu'un monde peut y prendre place. Il me semble inimaginable qu'en ouvrant seulement les yeux je peux faire entrer le monde dans ma maison.


Dans vos yeux qui sont beaucoup plus petits que la fenêtre, vous pouvez faire entrer le monde parce que vouss pouvez faire entrer sa lumière.


Dans mes yeux il y a cette fenêtre parce qu'il y a le soleil, il y a tout ce que tu vois parce qu'il fait jour. Dans tes yeux il y a tous les soleils de l'univers.


Mon corps est ma maison. Mes yeux sont mes fenêtres que j'ouvre partout où tu vas dans le jour.
Il me semble inimaginable de voir qu'un simple trou de serrure peut contenir un espace immense, qu'à travers quelques centimètres de fenêtre peut tenir place un morceau de ciel qui contient une infinité d'étoiles.


Il me semble avoir quelque chose d'inimaginable sur le visage, si inimaginable qu'il me fait tenir la lune entre deux doigts.


Tes yeux sont cette fenêtre dont je ne peux toucher que le cadre, tout comme je ne peux toucher de mes yeux que leur tour. Ce qu'il y a dans la fenêtre et ce qu'il y a dans tes yeux est intouchable parce que bien trop loin de moi.


Ce qu'il y a dans la fenêtre c'est ce qu'il y a dans tes yeux. La matière polie et colorée de mes yeux est la matière du ciel bleu. Mes yeux sont mes fenêtres que j'ouvre devant toi pour faire entrer le monde en moi.

Tout ce que nous voyons change si nous changeons de place. Tout ce que nous voyons devient véritablement visible si nous nous déplaçons car tout ce que nous voyons n'existe que par son continuel changement que produit sur lui l'heure de la journée ou le jour de l'année.


Tout paysage bouge pour que l'homme bouge avec lui. Tout paysage change lui-même sans cesse, et voir c'est encore le faire changer par soi-même, c'est bouger comme il bouge, c'est sans cesse changer de place comme sans cesse il change de lumière. Tout bouge, et voir c'est bouger avec tout.
Voir ce n'est pas seulement bouger les yeux, c'est bouger tout son corps. C'est se mettre debout, se retourner, se baisser, se hausser. Voir c'est tourner, se coucher, s'asseoir, s'allonger sur le dos puis sur le ventre. Voir ce n'est pas seulement ouvrir les yeux, c'est ouvrir tout son corps , c'est se mettre dans une infinité de positions, c'est faire une infinité de déplacement tout autour de ce que nous voyons. Voir c'est s'éloigner, s'approcher, reculer, avancer, c'est recouvrir et découvrir de ses mains, c'est monter et descendre, c'est faire apparaître et disparaître, c'est faire la lumière et l'obscurité, c'est se déplacer à pied, c'est monter sur un vélo, puis dans une voiture. Voir c'est changer de vitesse dans un train puis c'est monter dans un avion, c'est utiliser tous les moyens de locomotion, toutes les inventions et toutes les constructions de l'homme, c'est utiliser toutes les possibilités que nous donne notre mouvement, c'est monter et descendre tous les escaliers, monter et descendre tous les étages, monter et descendre à tous les niveaux, grimper sur tous les arbres et sur toutes les montagnes.


Pour voir il faut nous servir de tous les moyens qui nous permettent de bouger et de nous déplacer, car les yeux voient seulement par notre mouvement. Ils vont si vite que leur vitesse reste un mystère. La vitesse des yeux est une vitesse cosmique. Les yeux cillent et rien ne va plus vite. Un seul cillement et ils ont déjà atteint le soleil ou les étoiles dans le ciel.


Si voir c'est monter dans un avion, c'est aussi ramper sur le sol. Si c'est monter dans une voiture, c'est aussi monter dans un arbre ou sur un toit. Si c'est monter sur un cheval c'est aussi monter sur un tabouret ou descendre un étage. Voir c'est bouger comme ses yeux. Voir c'est rouler dans l'espace, c'est se projeter dans la lumière.


L'immobilité nous rend aveugles même les yeux ouverts, comme nos yeux immobiles, et même ouverts, nous sommes morts.



Le champ que tu vois de ma fenêtre, je ne le vois que du premier, du deuxième et du troisième étage, tu ne le vois que de la porte du rez-de-chaussée, de la première, de la deuxième et de la troisième marche de l'entrée, à travers les grilles de la cave, et encore seulement dans les intervalles de deux ou trois barreaux. Tu sais qu'il y a encore un champ, qu'il y a encore deux champs, trois champs, une infinité de ce champ, dans ce champ je voudrais monter sur le toit, voir de chaque angle du toit. Voir encore des champs de ce champ. Voir mille champs par ce champ.


Vous savez qu'il se cache un champ quelque part pas loin de ce champ. Nous savons qu'il se cache un champ de ce champ, peut-être à quelques centaines de mètres derrière nous, peut-être un autre encore à quelques centaines de mètres au-dessus de vous.


Le champ que tu vois de ma fenêtre, il est devant otoi mais il est aussi quelque part derrière moi. Il se cache en cent, en mille, il est partout tout autour de lui, dans un rayon de plusieurs centaines de mètres, prenant peu de place, tenant dans le trou d'un mur de pierres, dans les carreaux de fenêtres d'une maison que tu ne vois même pas de ma fenêtre.


Le champ que je vois de ta fenêtre, il est là plaqué de côté contre le mur droit et gauche de ma maison, à l'angle de la ferme et du château, au détour d'un chemin. Il est là devant toi ou plutôt une partie de lui, une de ses infimes parties parce qu'il est aussi au-dessus de moi, de l'autre côté devant nous, à chaque pas de ces deux chemins qui y mènent. À chaque pas que vous faites derrière ma fenêtre. Un pas et nous voyons une partie du champ que je ne voyais pas, un autre pas et vous ne voyez plus une autre partie de lui que tu voyais.


Le champ est non seulement là où nous le voyons mais aussi tout autour de lui qui se guette chaque partie de lui. Le champ est entouré par ses champs comme mon image est entourée par ses images. Tu le vois mais nous le voyons seulement d'où vous êtes, et d'où je suis tu n'en distingues jamais qu'une infime partie. C'est seulement à force de me déplacer autour de lui, dans tous les sens et à toutes les distances que tu le vois, que nous le verrons d'où nous ne sommes pas, d'où vous ne serez plus. Seuls les oiseaux sont comme des yeux qui verraient tout. Les oiseaux sont des yeux voyants.
Voir c'est voler, c'est rayonner, c'est envahir. Les yeux envahissent le monde.



Les jambes sont la rallonge de tes mains et de tes yeux. Tu marches pour toucher et voir un peu plus du monde. Nous marchons pour toucher et voir infiniment le monde. Vos jambes vont si loin que vos mains sont infiniment grandes et que vos yeux s'ouvrent partout dans l'espace sans fin.
Tout est si près avec les yeux et si loin avec les jambes.


Si nos jambes sont la rallonge de mes mains et de tes yeux pour la terre, si vous aviez des ailes, elles seraient leur rallonge pour le ciel. Sans tes jambes je n'ai ni mains et ni yeux pour la terre comme sans ailes tu n'as ni mains et ni yeux pour le ciel.


Si nous avions des ailes vous auriez des yeux et des mains pour le ciel comme tu as des jambes et j'ai des mains et des yeux pour la terre.


Mes yeux m'ont fait découvrir le jour mais pas la nuit. Tes yeux t'ont fait dcouvrir le ciel mais pas la terre.
Nous avons en nous la nuit, sans nos yeux. J'ai la terre sous mes pieds et sous mes mains, sans mes yeux.


Les hommes peuvent aller de l'autre côté de la terre, les femmes ne voient rien de plus du ciel dans le ciel comme si les enfants n'avaient pas bougé, comme si l'homme et la femme ne voyaient rien de plus de la terre sur la terre.


Si de l'autre côté de la terre les hommes voient bien autre chose de la terre sur la terre, les femmes n'en voient pas plus qu'elles ne voient du ciel dans le ciel et que j'en vois de ce côté de la terre. Les enfants ont beau marcher nous voyons toujours plus de la terre mais pas plus que nous voyons du ciel.
Le soleil vous lie tous parce que nous le voyons tous de partout sur la terre. L'homme ne voit jamais plus du ciel en marchant que la femme en voit sans bouger. Les enfants ont beau marcher, se déplacer, aller de l'autre côté de la terre, il nous semble toujours être resté sans bouger devant le ciel.
Si de l'autre côté de la terre les hommes ont d'autres paysages terrestres devant les yeux, les femmes n'ont pas d'autres paysages célestes. Les paysages célestes sont les mêmes de ce côté que de l'autre côté de la terre : un soleil ou des étoiles, des étoiles ou un soleil suivant qu'il fait jour ou nuit ou nuit ou jour.


Les hommes ont tous une image différente de la terre devant les yeux. Parce qu'elle est touchable ils ne voient pas seulement avec leurs yeux mais aussi avec leurs mains et avec leurs pieds. Les femmes voient des bosses et des creux, des vallées et des montagnes, des océans et des forêts. Mais les enfants ne volent pas dans le ciel comme ils marchent sur la terre sinon nous verrions des bosses d'air et des creux d'espace, des vallées d'étoiles et des montagnes de soleils, des océans de lumière et des forêts d'obscurité. Du ciel vous avez tous la même image devant les yeux. Parce que le ciel est intouchable l'homme le voit seulement avec ses yeux. La femme voit un soleil et des étoiles.
Comme si vous étiez tous liés par le ciel au-dessus de vous et non par la terre au-dessous, comme si nous étions tous liés par cette même image : le soleil le jour, les étoiles la nuit. Les hommes n'ont qu'à lever les yeux et les femmes auront l'image que les enfants voient de partout sur la terre. Comme si en regardant le ciel les hommes étaient à la fois et en même temps transportés partout sur la terre. Partout où le soleil brille : de ce côté de la terre dans le jour qui se lève et de l'autre côté quand de ce côté de la terre la nuit tombe.


Tu lèves les yeux vers le ciel et tu es au-dessus de l'Asie, au-dessus de l'Amérique, au-dessus de l'Europe. Nous sommes au-dessus de tous les pays, vous êtes partout avec le soleil au-dessus de la terre entière. Comme l'homme ferme les yeux et avec l'obscurité la femme est partout sur la terre. Comme si la vision du ciel ou de la nuit, comme si la vision de l'infini liaient les hommes les femmes et les enfants tous ensemble.

Nous ne pouvons pas dire que nous voyons.
Si vous voyez les yeux des autres hommes que les autres hommes ne voient pas eux-mêmes, si vous ne voyez pas vous-même vos yeux que les autres femmes voient, c'est que chacun vous voyez du monde ce que les autres hommes et femmes ne voient pas, c'est que chacun vous ne voyez pas du monde ce que les enfants voient.
Si tu pouvais voir le monde que les autres femmes, hommes et enfants voient, le monde serait figé comme tes yeux, dans un miroir, le son devant tes yeux qui se voient.
Chacun vous voyez une partie du monde invisible pour les hommes comme chacun vous ne voyez pas une partie du monde visible pour les autres femmes. Comme si tes yeux avec lesquels tu vois le monde seprojetaient hors du monde que je vois.



Si tu vois de l'autre homme ce que l'autre homme ne voit pas, si l'autre femme voit ce que vous ne voyez pas, c'est que chacun voyez ce que l'autre homme ou femme ne voit pas, c'est que l'autre femme ou homme voit ce que chacun ne voyez pas, c'est que tu vois du monde ce que les hommes et les femmes ne voient pas, c'est que les femmes et les hommes voient du monde ce que vous ne voyez pas. Chacun vous voyez ce que les hommes et les femmes qui vous entourent ne voient pas et chacun vous ne voyez pas ce que je vois.



Il faudrait que tu sois à la place des autres hommes ou femmes pour voir ce qu'ils voient, pour voir ce que vous ne voyez pas et pour ne plus voir ce que vous voyez. Si vous voyez chacun ce que les autres hommes ou femmes ne verront jamais c'est parce que les autres hommes ou femmes ne pourront jamais être à votre place. Tu ne verras jamais ce que tous les hommes voient parce que tu ne pourras jamais te mettre à leur place, c'est ainsi que toutes les places où je ne suis pas me permettent de voir le monde. Je vois le monde parce que les hommes voient à ma place ce que je n'en vois pas. Comme si la lumuère de mes propres yeux était la lumière avec laquelle les autres hommes ou femmes voient ce que je ne vois pas. Comme si la lumière de leurs yeux était la lumière avec laquelle je voyais ce qu'ils ne voient pas. Comme si j'étais né pour que les autres hommes et femmes voient, avec la lumière de mes yeux, ce qu'ils n'avaient jamais vu. Comme si les autres femmes et hommes étaient nés pour que tu puisses voir, avec la lumière de leurs yeux, ce que tu n'avais jamais vu.



Quand un homme naît sur la terre d'autres yeux s'ouvrent sur le monde pour que la femme puisse voir avec eux ce qu'elle ne voit pas. Si l'homme ne voit que par un seul endroit sur son corps, si sa vue n'est pas comme son toucher répandue sur tout son corps c'est parce que la femme voit aussi avec tous les autres yeux qui s'ouvrent sur le monde, comme s'ils étaient la continuité de son corps visible, comme si leur lumière délimitait la surface de son corps voyant comme toute la peau qui recouvre le propre corps de l'homme délimite la surface de son corps touchable et aveugle.



Je ne vois que par un seul endroit sur mon corps comme le soleil n'est qu'à un seul endroit dans le ciel, mais sa lumière éclaire le monde.
Tu ne vois que par un seul endroit sur ton corps comme si tu ne pouvais toucher que par tes mains et que la nuit était seulement au bout de tes doigts, comme le jour est au bout de tes yeux.



Si nous pouvons toucher par tout notre corps c'est parce que nous ne pouvons pas toucher avec les autres mains comme nous voyons avec les autres yeux. Nous pouvons tous voir à la fois le soleil au même endroit mais nous ne pourrions pas toucher à la fois la terre au même endroit.
Les mains de votre corps touchable ne sont pas toutes les autres mains mais toute la peau qui recouvre votre propre corps. Comme les yeux de mon corps visible ne sont pas que mes yeux qui s'ouvrent sous mon front mais tous les autres yeux qui s'ouvrent et se sont ouverts sur le monde.
Si tu ne voyais pas avec les autres yeux tu verrais par tout ton corps; tous les yeux fendraient ton corps entièrement.



Les hommes sont dans le noir et ils voient le soleil par deux petits trous sous leur front. Si leur corps tout entier touche, leur corps tout entier ne voit pas.
Les femmes ne voient pas comme elles touchent, elles voient seulement par leurs yeux, par le feu dans le ciel. Les femmes touchent avec leur corps tout entier, avec la terre toute entière.
Si vous pouvez toucher par tout votre corps et que vous voyez seulement par un seul endroit de votre corps c'est parce que vous êtes tout entier dans la nuit avec seulement deux petits jours qui brillent dans cette nuit. Si vous pouviez seulement toucher par un seul endroit de votre corps et voir par tout votre corps vous ne verriez pas car c'est que vous seriez tout entier dans le jour avec seulement deux petites nuits au milieu de ce jour.
Nous voyons par deux petites fentes sous notre front parce que nous sommes tout entier dans la nuit, enfouis dans le noir le plus total. Si nous pouvions seulement toucher par nos mains et voir par tout notre corps, le ciel empli de milliers de soleils aurait ébloui notre nuit dans nos mains pour nous brûler tout entier.
La lumière ne surgit que de l'obscurité. Une infime étincelle dans une nuit infinie suffit à lever le jour. Dans la lumière la lumière n'éclaire pas. Dans la nuit seulement le soleil brille, le feu n'est plus du feu, il est de la lumière.



Quand un homme meurt il vous laisse ce qu'il voit du monde. Tous les hommes qui sont morts vous ont laissé ce qu'ils voyaient du monde. Quand vous arrivez sur terre vos yeux sont pleins de tout ce que tous les hommes et toutes les femmes ont vu depuis l'arrivée de l'homme et de la femme.
Si vous ne connaissez pas les hommes et les femmes et les enfants qui vous entourent sur la terre c'est parce que vous ne voyez pas ce qu'ils voient. Si vous voyiez ce qu'ils voient, si chacun voyait ce que l'autre voit, si tous vous voyiez ce que tous voient vous vous connaîtriez tous sans jamais vous être vus. Vous ne connaissez pas les autres parce qu'ils voient ce que vous ne voyez pas, parce que vous voyez ce qu'ils ne voient pas. Vous ne vous connaissez pas parce que vous ne vous voyez pas vous-mêmes tout entier, vous ne voyez pas vous-mêmes vos propres yeux.
Connaître les autres c'est voir comme eux, c'est apprendre à voir ce qu'ils voient, c'est apprendre à voir ses propres yeux. C'est apprendre à se voir soi-même tout entier.



Si nous connaissons encore moins les animaux que les hommes c'est parce que nous ne pourrons jamais voir ce qu'ils voient, car ce n'est pas que les animaux ne voient pas ce que nous voyons d'eux-mêmes ou qu'eux-mêmes voient ce que nous ne voyons pas de nous-mêmes mais bien plutôt que nous voyons un visible intouchable pour les animaux et que les animaux voient un touchable invisible pour nous-mêmes.
Les animaux ne voient pas la lumière du soleil, ils sentent seulement son feu les chauffer. Si les animaux ne voient pas ce que nous voyons, si nous avons inventé un visible qu'ils ne pourront jamais saisir et qui nous sépare à jamais, les hommes et les femmes qui voient ce que nous ne voyons pas et qui ne voient pas ce que nous voyons ne font pas de nous un animal parmi les autres hommes et femmes ni eux-mêmes des animaux pour nous-mêmes mais un homme parmi les hommes, une femme parmi les femmes, des hommes pour la femme, des femmes pour l'homme, car si notre visible nous sépare des animaux il ne nous sépare pas des hommes; notre visible c'est une partie du monde que les femmes ne voient pas, leur visible c'est une partie du monde que nous ne voyons pas et que nous voyons pour elles et qu'elles voient pour nous. Notre visible c'est ce qui nous rapproche les uns des autres.



Si vous ne connaissez pas les hommes qui vous entourent sur la terre c'est parce que vous ne voyez pas ce qu'ils voient et qu'ils ne voient pas ce que vous voyez. Mais s'il suffit de les voir pour les reconnaître c'est que vous voyez ce qu'ils voient dans leurs yeux.
Si les autres hommes voyaient ce que vous voyez et si vous voyiez ce qu'ils voient vous les reconnaîtriez instantanément comme si vous les aviez déjà vus et que vous aviez déjà vu ce qu'ils voient.
Si tous les hommes voyaient ce que chaque femme voit, tous les hommes auraient vu toutes les femmes qu'ils n'ont jamais rencontrées.
Si nous sommes tous reconnaissables à la vue de nos yeux c'est parce que nos yeux reflètent à travers eux le monde qu'ils voient et que chacun nous voyons du monde ce que l'autre ne voit pas.
Si je porte mon identité dans mes yeux c'est parce que je porte en eux le monde qu'ils voient, et que le monde qu'ils voient n'a jamais été vu par d'autres yeux.



Vous voyez chacun ce que les autres ne voient pas, c'est ainsi que vos yeux sont ce qui vous montre aux autres et vous rend reconnaissable à leurs yeux. Avec vos yeux vous n'êtes plus inconnus des autres, car vos yeux voient un monde que les autres n'ont jamais vu et qui fait l différence avec eux. Vos yeux s'ouvrent pour vous dévoiler à leurs yeux.
Nous n'avons pas de patrie. Nous sommes du monde que nous voyons et que personne n'a jamais vu. Nous voyons chacun une partie différente du monde qui, à nous tous, rend le monde tout entier visible. Nous n'avons pas de patrie, nous sommes du pays que nous voyons car les vraies frontières sont délimitées par ce que nos yeux voient. Nous sommes d'un pays inconnu des autres que les autres reconnaissent seulement à la vue de nos yeux. Comme si nos yeux émettaient une lumière si différente de voir ce qu'ils voient que nous ne pouvions pas rester inconnu une fois nos yeux vus.



Je qui vous différencie les uns des autres ce n'est pas la couleur de votre peau comme chez les animaux, c'est la couleur du monde que vous voyez et qui colore vos yeux d'un regard différent pour chacun de vous.
Si tu n'es reconnaissable que par un seul endroit de ton corps c'est parce que tu ne vois que par cet endroit sur ton corps.
L'homme ou la femme que tu ne peux pas toucher est beaucoup plus reconnaissable visuellement que l'homme ou la femme qui est proche de toi et que tu peux atteindre. Si tu es reconnaissable par tout ton corps aux hommes et aux femmes qui te sont proches c'est parce que tu touches par tout ton corps les hommes ou les femmes qui te sont proches. Si vous vous aimiez entre vous, vous pourriez vous reconnaître à n'importe quelle partie de votre corps.
Si les hommes sont plus reconnaissables à leurs yeux qu'à leurs mains c'est parce qu'ils sont plus vus que touchés, plus visibles que touchables.
Si les femmes étaient plus touchables que visibles elles seraient plus reconnaissables à leurs mains ou à leurs pieds ou à toutes autres parties de leur corps qu'à leurs yeux; comme si leurs yeux par où nous les reconnaissons portaient en eux un corps qui, quand il rencontrait d'autres yeux, s'enlaçait avec l'autre corps qui s'échappait de ces autres yeux. Comme si les yeux ne se voyaient pas mais se touchaient pour se reconnaître. Comme si les yeux s'accouplaient pour se rendre reconnaissables entre eux et faire naître la vue.
Si vous étiez du monde que vous touchez des mains et des pieds vous seriez aveugles et vous seriez tous du même monde. Vous seriez chacun avec la même nuit sous vos mains et sous vos pieds car il n'y a pas une infinité de nuits comme il y a une infinité de jours. Il y a une nuit infinie qui vous recouvre tous et qui vous fait touchables par tout votre corps. Une nuit infinie qui vous recouvre tous sans vous séparer les uns des autres et qui ne vous fait plus chacun vous-mêmes mais qui vous rassemble tous en une seule et même masse de vie aveugle.



Je ne peux pas être de ce monde là devant moi et au-dessous de moi, je ne suis pas né à cet endroit où mon corps s'est allongé et où mes pieds se sont posés et ont touché le sol pour la première fois. Je suis né là où mon corps s'est levé dans le jour pour voir le soleil, le soleil que je vois de partout sur la terre.
Si les animaux existent là où ils sont nés c'est parce qu'ils n'existent pas visibles. Ils n'existent que touchables parce qu'ils n'ont pas pour eux le soleil et sa lumière mais la terre, l'eau et l'air.
Nommer le lieu de ta naissance c'est nommer l'animal que tu es encore et non l'humain que tu serais dejà. Tu n'es pas né là où tu le dis, là où on te l'a dit, tu es né là où la lumière t'a éclairé pour la première fois; peut-être à tout autre endroit de ta naissance, peut-être il n'y a que quelques heures dans les yeux que tu viens de croiser devant toi.
La naissance des hommes n'a pas de lieu sur la terre ni de date dans le temps. Elle peut avoir lieu dans l'espace à des années-lumière du soleil qui éclaire le monde.



Si l'on nous reconnaît à la vue de nos yeux c'est parce que nos yeux se sont habillés d'une couleur différente pour chacun de nous, et inconnu jusqu'alors, pour pouvoir nous rendre visibles.
Mes yeux se sont colorés d'une couleur unique pour que je puisse moi-même exister.
Il suffit que l'on te regarde une fois dans les yeux pour que l'on te reconnaisse ensuite instantanément comme si quand on avait vu tes yeux on reconnaissait ton corps, et que la vision de tes yeux avait une fois pour toutes éclairé ton corps d'une lumière si différente que tu ne pouvais plus être confondu avec aucun autre être vivant sur la terre.

Nous sommes tous d'une planète inconnue.

Sources :
La Parole Vaine

Posté par Adriana Evangelizt

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Published by Adriana Evangelizt - dans TEXTES A LIRE
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