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26 août 2006 6 26 /08 /août /2006 15:10

Là où nous ne sommes pas d'accord avec le texte ci-dessous, c'est lorsqu'il est dit que Jésus était proche des Pharisiens ou presque un pharisien, il est évident que c'est faux. Il ne pouvait pas être proche d'eux vu qu'Il prêchait exactement le contraire...

 Ce que le rabbin Jésus dit aux chrétiens

Une figure plus que jamais incontournable, par Jean Mouttapa.

Jean Mouttapa, chrétien engagé dans le dialogue interreligieux, dirige avec Marc de Smedt le département Spiritualités d’Albin Michel. Il a publié en 1996 "Dieu et la révolution du dialogue : l’ère des échanges entre les religions", et édité plusieurs ouvrages récents sur les rapports entre judaisme et christianisme.

Que l’homme Jésus ait été juif au sens ethnique du terme, les chrétiens l’ont toujours admis, même lorsqu’ils traitaient son peuple de “déicide” en lui faisant porter la culpabilité de la Crucifixion. Que le texte évangélique soit truffé de références à la Torah hébraïque, point n’est besoin d’être exégète patenté pour le constater. Tout cela est passé maintenant dans les têtes et dans les mœurs, et même dans les cœurs, depuis l’extraordinaire prestation du pape Jean-Paul II à Jérusalem, qui a sidéré le monde entier par sa puissance symbolique. Mais la nouveauté, depuis quelques années, c’est que des Juifs de plus en plus nombreux, chercheurs, penseurs et même rabbins, ont commencé à s’intéresser à ce rabbi original, malgré et au-delà des crimes commis à leur encontre par ses disciples, et à le réintégrer d’une manière ou d’une autre à leur propre histoire. Dans le même temps, les études bibliques et historiques ont montré que Jésus n’est pas seulement juif jusqu’au bout des ongles, mais qu’il l’est jusqu’au bout de l’âme et de sa parole : même ses polémiques avec les pharisiens relèvent de la querelle de famille - d’une famille dont il est certainement très proche -, et si on peut le qualifier de dissident, sa différence en tant que rabbi n’est ni unique, dans le bouillon de culture de la Palestine de l’époque, ni surtout schismatique. Mais alors ce Jésus juif, ce Jésus quasi pharisien, participant pleinement aux controverses judéo-juives qui donnèrent naissance au Talmud dans les premiers siècles de notre ère, qu’a-t-il à dire aux hommes d’aujourd’hui ? Et qu’aurait à nous apporter un christianisme ainsi refondé sur un Jésus si peu fondateur de religion, si éloigné de ce qu’est devenue la religion chrétienne ? On touche là, peut-être, à la question spirituelle - et politique ! - la plus essentielle du siècle qui vient. Au temps des intégrismes délirants, en effet, au temps de ce que certains appellent le clash des civilisations, il se pourrait bien que l’Évangile nous soit d’une nécessité vitale. Car Jésus - précisément parce qu’il reste, dans sa marginalité, un juif pratiquant et sincère - nous enseigne de façon unique une certaine attitude, à la fois respectueuse et distancée, vis-à-vis de toutes les normes religieuses, morales et culturelles.


Les traditions, nous dit-il en paraboles et en actes, deviennent des idoles, c’est-à-dire des obstacles entre l’humain et le divin, dès lors qu’elles ne sont plus au service de la seule cause qui peut les justifier : la justice et la compassion.
Ce faisant, Jésus le juif nous ouvre un horizon nouveau. Un horizon supra-religieux, ou méta-religieux, ou même non religieux, comme l’on voudra, en tout cas une dimension de l’humanité vraiment universelle, apte à féconder la vie d’un musulman ou d’un bouddhiste par exemple, voire d’un agnostique. Le jeu qu’il introduit entre la liberté intérieure de chacun et tout ce qui relève du social, y compris le religieux, ce jeu impertinent qui fit tant scandale à son époque, est toujours porteur d’une subversion explosive. Et salutaire : la “Bonne Nouvelle” nous parle d’une libération à la fois intérieure et sociale qui concerne tout homme et toute femme, quelle que soit sa culture.

Le Seigneur des non-religieux

L’universalisme de l’Évangile ainsi conçu ne peut plus être impérialiste : pas question d’aller déraciner culturellement des populations entières pour leur imposer les normes et le vocabulaire de la religion chrétienne. La religion particulière nommée “christianisme”, avec sa logique (aristotélicienne), son vocabulaire (grec), sa morale et ses croyances (issues du judaïsme hellénisé du premier siècle), cette religion-là, en tant que phénomène socio-culturel historiquement daté et géographiquement situé, c’est un crime contre l’esprit que de vouloir la diffuser dans le monde entier et d’en proclamer la supériorité ! Non, s’il y a quelque chose d’universel dans le Nouveau Testament, si le Christ parle à tout être, c’est précisément parce qu’il rompt avec une certaine idée du sacré, parce qu’il est le “Seigneur des non-religieux” - pour reprendre l’expression employée dans ses lettres de prison par le théologien Dietrich Bonhoeffer, grand résistant contre le nazisme.


Voilà comment la prise de conscience de la judéité de Jésus, assumée dans toutes ses conséquences, pourrait constituer une seconde naissance pour le christianisme en crise. Vouloir sortir de la crise en se conformant à la mode ambiante, chercher l’ouverture universaliste - et notamment en direction de l’Orient - sans se confronter à la question des sources juives serait en effet la pire erreur que pourraient commettre les chrétiens “ouverts” et “progressistes”. L’Évangile serait alors réduit à une vague morale humaniste, politiquement et religieusement correcte, alors qu’il est fait pour bouleverser toutes les normes ! Comme les prophètes hébreux qui ont toujours été des empêcheurs de prier en rond, Jésus, en tant que juif, ne cesse de nous dire que le monde est inachevé, qu’il est en un sens inacceptable, que rien ne va plus, qu’il faut changer la vie. Il n’a rien d’un sage oriental tourné vers l’harmonie : il pleure, il proclame l’état d’urgence, se met souvent en colère, et le récit de la Passion, qu’on le veuille ou non, est une tragédie. Ce serait trahison que d’enlever à Jésus son ton tragique de juif, et de le faire sourire de force sous prétexte de le rapprocher de Bouddha, comme s’évertuent à le faire des chrétiens trop pleins de bonne volonté.

 


L’apprentissage du rapport à l’autre

Le dialogue interreligieux fondé sur la recherche d’un “plus petit commun dénominateur” à toutes les religions ne donne jamais rien de bon. Cette quête éperdue du “point commun” tend à réduire l’Autre au Même, et naturellement on en vient à minimiser, voire à occulter ce qu’il y a de scandaleux dans l’altérité de l’Autre, dans l’étrangeté de l’Étranger. Un seul exemple : beaucoup de chrétiens considèrent comme “positif” le fait que le Coran reconnaisse Jésus comme Messie et Marie comme la Vierge Mère, sans s’interroger outre mesure sur leur statut réel dans l’islam. Mais même lorsqu’il est élevé au rang de “Sceau de la sainteté” chez un soufi comme Ibn ‘Arabî, le Isa musulman n’est qu’un prophète qui n’a rien à voir avec le Christ du christianisme ! Cette différence peut paraître gênante… et si l’on creuse encore plus, par exemple en direction des accusations du Coran contre la falsification de l’Évangile par les chrétiens, la gêne devient vite malaise, puis vertige ! Mais nous n’avons pas le choix : il faut creuser, car il n’y a que la différence qui est susceptible de nous enrichir, fût-elle scandaleuse.

L’apprentissage difficile de l’altérité passe forcément, pour les chrétiens, par une confrontation avec la judéité de Jésus et avec le judaïsme. D’abord parce que la Bible hébraïque marque une rupture dans l’histoire des religions en présentant Dieu non seulement comme unique, mais surtout comme le Tout-Autre. Le Livre de la Genèse déclarant que chaque homme porte en lui l’image de cette altérité absolue, le judaïsme a naturellement quelque chose à dire sur cette question. Et puis, n’oublions pas que le judaïsme fut le premier Autre de l’Église naissante - un autre d’autant plus incompréhensible qu’il avait été au départ un Même, puisque Jésus et les apôtres étaient juifs pratiquants. L’Église ayant décidé de se définir comme “vrai Israël” - précisément au moment où sa composante juive devenait minoritaire - le judaïsme ne pouvait apparaître que comme un imposteur. La visée usurpatrice de l’Église ne pouvait devenir que meurtrière. Et elle le fut, hélas ! Reprendre cette relation totalement ratée à partir de zéro, décortiquer les mécanismes de vingt siècles de haine antijudaïque (qui ne sont évidemment pas sans lien de cause à effet avec l’antisémitisme païen des nazis, contrairement à ce que prétend le Vatican), voilà un rude programme pour le christianisme du xxie siècle. Mais un tel travail sur l’histoire n’est pas une calamité, c’est au contraire une chance unique pour les chrétiens. Il peut leur donner l’expérience de ce qui, après tout, semble le plus difficile pour chacun de nous : reconnaître l’autre en tant qu’autre, sans le phagocyter, sans le récupérer, sans l’inférioriser, et sans non plus se perdre en lui.

Tout cela ne relève pas seulement d’une problématique judéo-chrétienne, et ne se limite même pas au domaine religieux. Au contraire, en filigrane, il y a là toutes les urgences politiques les plus profanes a priori de ce début de millénaire : respecter les cultures dans leurs singularités, sans pour autant passer par perte et profits l’idée d’universel ; promouvoir l’unification de la planète, sans pour autant fondre les peuples dans un magma informe de non-culture ; assumer les acquis évidents de l’Occident sur le plan de la liberté et de l’égalité, sans en faire des armes pour écraser les autres… N’est-ce pas là toute la question de la mondialisation ? Notre génération a pour charge d’assurer ce grand tournant, ou alors ce sera l’enfer… qui a déjà commencé et qui crève les écrans de nos télés. Pour relever le défi, Jésus le juif se révèle plus que jamais incontournable.


Sources : Nouvelles Clefs

Posté par Adriana Evangelizt

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Published by Adriana Evangelizt - dans LE GALILEEN
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