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29 juillet 2008 2 29 /07 /juillet /2008 21:43


Le quatrième jour de la Genèse


par André Savoret



    I1 est un texte qui ne figure guère dans nos traités d'astrologie (si j'en excepte, autant qu'il m'en souvienne, celui d'Abel Haatan), est celui de la création des « Luminaires », oeuvre du quatrième « jour » de la Genèse.

    Sans doute est-il permis de l'estimer fort éloigné des préoccupations dominantes du lecteur qui ne vise qu'à apprendre ou à perfectionner les connaissances nécessaires à l'interprétation d'un horoscope ! J'en conviens volontiers, mais je veux m'adresser ici à une catégorie de chercheurs un peu plus restreinte : j'entends parler ici de ceux qui ne dédaignent nullement d'ajouter le savoir au « savoir faire ».

    Ceux-là savent aussi bien que moi quelles graves lacunes renferme ce qu'on est convenu d'intituler « la Tradition »; ils savent que les Anciens y compris Ptolémée, leur ultime écho, déjà affaibli se sont gardés de livrer les principes de leur science, n'en découvrant guère que les applications les plus extérieures. Leur cosmologie, même, se réduit le plus souvent à quelques énoncés symboliques ou à de sèches énumérations. En somme, il n'est point trop paradoxal d'énoncer que l'astrologie antique nous est connue, « grosso modo », comme nous le serait la chimie, réduite à quelques recueils d'expériences et à quelques procédés de manipulations !...

    Dans son remarquable ouvrage, qui a le courage de poser bien des problèmes occultes sans avoir la prétention de les résoudre tous, « L'Esotérisme de l'Astrologie », A. Volguine fait une constatation pénible : « De même que les manuels de vulgarisation ne font que recopier, d'une façon plus ou moins identique, les mêmes données sans faire un effort personnel, de même, depuis un demi - siècle, aucun élément nouveau n'a vu le jour en Astrologie Esotérique; aucune production de qualité n'est venue tenter sérieusement de forcer la porte de ce domaine ».
    Pourquoi cela ? Les causes en sont multiples et complexes. Mais - et ce n'est certes pas Volguine que me contredira - l'une des principales est que l'on ne peut pas plus aborder l'astrologie vraie avec une mentalité d'astronome moderne qu'on ne peut aborder avec fruit l'alchimie, par exemple, avec une mentalité de chimiste. Je veux préciser ma pensée sur ce point : lorsque je dis « mentalité », je n'entends nullement « science ». L'alchimiste qui ne saurait pas manipuler, et l'astrologue qui ignorerait les données de la cosmographie ne devraient pas tenir cette lacune pour un élément de succès !

    Je crois avoir déjà exposé des vues analogues dans ma modeste réplique à Couderc : « Preuves... et Epreuves de l'Astrologie », mais certaines redites sont nécessaires. Quoi qu'il en soit, parmi les méthodes ou les procédés, j'allais écrire « les tactiques » qui permettraient de pénétrer au coeur du sanctuaire, l'étude bien menée des cosmogonies antiques n'est pas à négliger, sous la réserve déjà formulée : Ne pas les aborder avec une mentalité trop étrangère à celle qui a procédé à leur élaboration ; ne pas exiger qu'un prophète de Zehwty (Thôth) ou qu'un Voyant d'lsraël pensent et écrivent dans le style d'un rationaliste moderne.

    Justement, il m'a semblé que le début de la Genèse en particulier l'oeuvre du Quatrième Jour, présentait pour un astrologue averti une vue cosmologique singulièrement suggestive. Je voudrais que l'esquisse que je vais en tenter, pour insuffisante qu'elle soit, inspirât à des chercheurs bien doués le désir d'aller plus avant dans l'élucidation d'un texte dont Antoine Fabre d'Olivet, génie admirable, presqu' aussi mal compris de nos jours que des siens, a levé les difficultés majeures. Je rappellerai seulement que sa « Langue hébraïque restituée » ne constitue que la charpente, la substructure d'un commentaire .dont les premières pages seules ont été publiées, sous le titre « Thédoxie universelle », et dont les éléments essentiels se rencontrent, habilement disséminés, dans ses autres écrits, parmi lesquels son « Caïn » et son « Histoire philosophique du Genre humain » sont d'une lecture à peu près indispensable. Certes, on a pu lui reprocher des étymologies parfois douteuses... et à juste titre. Mais la manie de son temps était justement l'étymologie (et quelle !) de même que la mode était au phénicien, depuis Court de Gébelin et ses émules. Il se plia donc à ces exigences pour se faire entendre, mais je crois pouvoir affirmer que l'étymologie fut pour lui, ce que les procédés cryptiques de la Quabbale furent pour d'autres : Un moyen d'enseignement et non un instrument de recherches !...
    L' « instrument » était autre - et incomparablement plus sûr...
    Ceci dit, abordons notre sujet.


ANTECEDENTS COSMOLOGIQUES

    Pour bien situer le texte du Quatrième Jour (création des Luminaires) dans l'ensemble de la Genèse ou Sepher Bereschith, il importe de situer exactement le point de départ de celle-ci.
    L'auteur de La Langue hébraïque restituée pensait que la cosmogonie proprement dite, de Moïse, était renfermée dans les dix premiers chapitres du Sepher, considérant le premier de ceux-ci comme le dixième de sa théogonie, et le dixième comme le premier de sa géologie. Moïse ne nous ayant pas laissé cette théogonie, force nous est de faire le point, afin de nous rendre compte si le début de la Genèse expose la création primordiale ou s'il a trait seulement à une création secondaire, dont l'intérêt résulte surtout du fait que nous lui appartenons.

    De fortes et multiples raisons nous entraînent à pencher pour cette seconde hypothèse : Le fait même des ressemblances de cette cosmogonie avec celles d'Akkad et de Sumer, la notion, sans doute implicite, mais nullement explicite,
de la chute des anges : l'omission de la création du monde angélique, sont déjà de bonnes présomptions en faveur de cette opinion. C'est dans ce sens que nous pourrions interpréter la phrase, lourde de signification, qu'énonce Fabre d'Olivet dans sa Théodoxie universelle : « Je vous dis que le développement de l'univers est une résurrection ».

    Si, comme le pensait Fabre d'Olivet, la cosmogonie du Sepher se renferme dans les dix premiers chapitres comme dans une Décade symbolique, il n'est peut-être pas trop osé d'affirmer que les dix premiers versets, décade de cette décade, en énumèrent tous les principes. Que la division en versets soit
due à Moïse ou qu'on l'attribue à Esdras, peu importe ; ce qui importe vraiment, c'est que cette division ait été intentionnelle, comme j'en ai la forte conviction.

    Ces dix versets nous offrent, groupés autour du Principe Central, ALEYM (Elohim), douze principes ou modifications de principes, dont voici la transcription littérale : ThEUM (l'Abime), MaYM (les Eaux), HOSheK (l'obscurité), RUaH-ALEYM (le Souffle divin), AOR (la Lumière), YQM (le Jour), LYLE (la Nuit), ShaMaYM (les Cieux), RaQY'a (le « Firmament »), .YMYM (les Mers), YBeShE l'Aridité), AReTS (la Terre).
    De ces principes, certains ne sont qu'un aspect particulier ou un développement des autres, et je ne crois pas m'égarer beaucoup en les hiérarchisant comme suit ;

1° - Principes primaires, relevant de la théogonie, ou, tout au moins, de la Création primitive (dont la Genèse ne s'occupe pas directement) :
ALEYM : la Divinité, conçue à travers l'Angélité ;
ThEUM : l'Abîme primordial, source passive des « possibles »;
RUaH-ALEYM : le Souffle divin, la puissance créatrice et ordonnatrice du Très-Haut,s'exprimant par et en le Verbe - Lumière, parole de IEVE.

2° - Principes seconds, sur lesquels va porter l'effort créateur, ou plutôt, pour parler comme Fabre d'Olivet, principes entrant en jeu dans « l' oeuvre de résurrection » :
            MaYM : les Eaux primitives, spécification de ThEUM, l'Abîme ;
            HOSheK : le Feu ténébreux, engendré par la« chute » de l'Archange.
3° - Principes particuliers ou médiateurs, destinés à remédier à l'état de choses conséquentiel à la rébellion archangélique :
            AOR : la Lumière verbale, manifestation de RUaH-ALEYM ; c'est l'Agent qui, exerçant son action sur les deux principes seconds, c. à d. sur les Eaux enténébrées, va s'opposer comme YOM (Jour) à HOSheK, l'Obscurité, réagissant comme LYLE (Nuit).

            De cette lutte vont naître :
a)  Des eaux (MaYM) séparées des Ténèbres :  
         ShaMaYM : les Eaux Spiritualisées, source des existences spirituelles ;
         RaQY'a : Les Eaux moyennes ou éthérées ; 

b) De la Ténèbre (HOSheK) se séparant des Eaux :          
            YBeShE ; l'Aridité, l'Aridisation, origine de :
            AReTS : la « Terre », source des formes matérielles.

    Ces distinctions opérées, il sera plus facile de saisir le sens interne des dix premiers versets du Sepher. Je ne veux transcrire ici que les versets 7 et 8, plus proches de nos préoccupations astrologiques, en m'excusant de rappeler que toute transcription de cet ordre demeure extérieure, donc partiellement illusoire et inadéquate sans l'illumination intérieure :

    - V. 7. - Et ALEYM effectua ce qui allait constituer RaQY'a (la raréfaction éthérée) afin de différencier les Eaux d'après ce moyen terme, préposé entre les, Eaux qui s'alourdissaient, se condensaient et celles qui s'allégeaient, se dilataient, par rapport à ce même orbe éthéré : et ainsi fut.

    - V. 8. - Alors, ALEYM caractérisa l'espace du nom de Cieux (ShaMaYM) ; Eaux glorifiées, libérées (1). Ainsi fut, du commencement à la fin, du « soir » au « matin » (2), le second Jour (ou seconde phase de l'OEuvre de Résurrection). Le lecteur aura déjà noté la nuance qui sépare les « cieux », proprement dits, de l'expansion éthérée, traduite tantôt par « Etendue », tantôt par « Firmament ».

    Il y aurait, évidemment, beaucoup à dire, si l'on voulait commenter un peu sérieusement les deux versets dont je viens de donner une transcription approximative. Mais pour rendre ce commentaire intelligible, il eût fallu d'abord transcrire les dix premiers versets et les commenter mot par mot.

    Je dois y renoncer pour l'instant. Ceux qui ont la bonne fortune de posséder les oeuvres maîtresses de Fabre d'Olivet pourront s'y reporter, ce qui simplifiera leur tâche.

    Il me suffira de résumer en quelques phrases les conséquences de ce qui précède : La Genèse, débute au moment où une catastrophe cosmique incommensurable, d'origine luciférienne, a fait d'une partie de la Création divine un Chaos. C'est sur ce chaos que va s'exercer l'activité restauratrice et rédemptrice de la partie de la Création non entraînée dans la « Chute ». La création particulière de l'humanité adamique, destinée à régenter ce Chaos et à en surveiller le retour à la norme salvatrice s'en déduira au sixième Jour. Le « firmament des Cieux » réalisera dans une portion croissante de ce Chaos un ordre relatif : des cycles temporels s'y dérouleront au sein d'un ovoïde spatial, et cette élaboration du monde « astral » sera l'oeuvre du quatrième Jour. Je dirai donc quelques mots rapides sur ce qu'on a appelé « la Chute des Anges » avant d'aborder la création des Luminaires dont ces vues préalables faciliteront un peu l'étude, du moins, je l'espère.


LA REBELLION LUCIFERIENNE

    Nous venons de voir que le Sepher, tel qu'il nous est parvenu, supposait la chute de l'Archange sans la décrire explicitement.
    Moïse parle bien des anges au cours de ses cinquante chapitres, mais il reste muet sur leur création qui, on le sent, ne fait pas partie de l'oeuvre des Six Jours. Autre remarque, en passant, dans l'énumération des espèces animales (cinquième Jour) il ne fait
pas mention des insectes. Ces omissions ne sont pas l'effet du hasard ni de l'inadvertance. Si, comme tout porte à le supposer, les insectes sont les créatures terrestres où le sceau satanique s'imprime le plus profondément, on comprend pourquoi l'auteur du Sepher préfère les passer sous silence.

    Ici, il n'est peut-être pas inutile de souligner que, dans la conception de l'auteur de la Genèse, la Ténèbre est la résultante générale, dans l'ordre cosmologique, de l'acte par lequel Lucifer se détache de Dieu, se pose en démiurge en face de lui et ose une création dont il puisse s'enorgueillir d'être l'auteur. Et ce n'est pas par pure coïncidence que Moïse se sert pour désigner la Ténèbre chaotique, HosheK, et le « Serpent » tentateur, Na-Hash, du même élément radical, Hosh, pour mieux nous pénétrer de leur commune origine.

    Je sais bien que, pour beaucoup de penseurs, Lucifer n'est rien d'autre qu'une froide abstraction sans réalité objective. Je ne discuterai pas cette vue, me contentant d'affirmer simplement qu'elle n'est nullement conforme à l'esprit du texte du Sepher.

    Quoique il soit bien difficile, presque impossible même, de mesurer à notre aune un être aussi gigantesque, aussi hors de proportions avec nos modes d'être, de sentir et d'agir, je vais essayer, très grossièrement, de tenter une esquisse de son acte et de ses conséquences. L'Archange Lucifer, l'ex-porte-lumière, a voulu s'égaler à son Créateur. Certes, sa puissance était immense, inconcevable pour notre entendement actuel ; il pouvait « créer », à son tour, des êtres spirituels, susceptibles à leur tour d'en « créer » d'autres à leur image. Cependant, malgré sa grandeur et l'éclat de ses attributs, Lucifer n'était qu'une créature, subordonnée à son Créateur, et toutes les créatures spirituelles émanées de lui étaient, comme lui, des « créatures de Dieu ». La VIE qui les animait et qu'ils transmettaient, quoique étant en eux, ne leur appartenait pas en propre.

    Lucifer, donc, se prétendant égal à son Créateur et s'étant dressé en rival devant son Père, s'éloigna de Lui, entraînant avec lui des légions de ses créatures, orgueilleuses comme lui. Dieu pouvait retirer à Lui le Souffle de Vie qui donnait l'être au Grand Révolté...
    Mais la justice de Dieu n'est pas celle des hommes aux horizons bornés, Il n'a ni foudroyé ni empêché Lucifer, car il veut laisser à sa créature la possibilité de revenir vers Lui, librement. Si Lucifer revenait, tel l'enfant prodigue de la parole évangélique, l'Enfer n'existerait plus. Car, telle semble bien l'origine des mondes infernaux ou infernalisés : Lucifer et les siens ont créé des formes, encore des formes, mais la Vie divine a toujours animé ces formes, car, si le Verbe (qui est la Vie) ne les avait animées, elles fussent demeurées à jamais inertes et insensibles. Pendant bien des Eons de temps, les créations réalisées par Lucifer et les siens furent d'autres créatures spirituelles ; mais, tout en s'éloignant de Dieu et par leur perversité même, leur spiritualité allait en décroissant. S'éloignant du Soleil lumineux, ces êtres devenaient de plus en plus sombres ; l'Abîme obscur les attirait : ils s'étaient flattés de l'éclairer de leur lumière propre, mais cette lumière n'était qu'un reflet et les Ténèbres n'en peuvent être illuminées. Rendons-nous compte, à ce point, qu'il est impossible à l'intelligence humaine de saisir et classer la totalité des formes innombrables du mal, dans le visible et l'invisible, depuis l'infinité des Sphères jusqu'aux vibrions.

    Les planètes, par exemple, sont, en partie, l'oeuvre de l'Esprit du mal; chacune d'elles a son "Prince de ce Monde", pour reprendre l'expression de l'Evangile. Et, si les cosmogonies antiques l'ont, le plus souvent, donné à entendre sans l'exposer ouvertement, quelques-unes, comme celle des Parsis, le disent crûment. A. Volguine (chap. V de « L'Esotérisme de l'Astrologie ») nous en donne quelques extraits suffisamment explicites.

    Je n'ai pas ici à rechercher pour quelles raisons ni de quelle façon l'humanité terrestre ou, plus largement, les humanités planétaires, apparurent sur leurs globes respectifs. Si la mission d'Adam fut, comme je le suppose, de ramener l'harmonie dans la partie de la création perturbée par Lucifer et les siens, il est fort probable que la chute de cet être collectif, dont nous sommes des sous-multiples quasi infinitésimaux dans notre phase individuelle présente, était de même nature que celle du Révolté et que, dès cet instant indescriptible, l
'Humanité, guide et gardienne des créations lucifériennes, perdit ses prérogatives, en devint l'esclave et se vit impliquée dans leur mécanisme implacable.
Si les créations lucifériennes avaient été abandonnées à elles - mêmes, elles ne seraient jamais sorties de ce stade, impensable pour nous, que nous désignerons sous le nom de « Chaos », ou sous celui de « Ténèbre », selon la cosmogonie à laquelle nous nous référerons. Nous venons de voir que chaque « jour », chaque « acte » de la Genèse correspondait à une phase évolutive amorcée sur la phase involutive à laquelle elle apportait le remède approprié, « en principe » d'abord, son efficience devant se déployer progressivement à l'aide du Temps.

Des ésotéristes du début de ce siècle, malencontreusement influencés par l'auteur de la « Mission des Juifs », ont fait du temps « le grand Centralisateur », l'assimilant à Caïn, C'est justement l'inverse qui serait logique. Et, puisque je m'appuie souvent sur Fabre d'Olivet, je tiens à faire remarquer que dans les notes explicatives de son « Caïn », ce dernier dit ouvertement que le temps est le moyen par lequel la Providence entend pallier, peu à peu, les conséquences de la chute d'Adam. Je dirai d'ailleurs ici que, si j'ai bien compris le philosophe de Ganges, Qaïn est ce qu'il nomme « Instinct universel » dans son Histoire Philosophique du Genre humain. Nous pouvons maintenant aborder l'oeuvre du Quatrième Jour.

A suivre...

Sources Livres Mystiques

Posté par Adriana Evangelizt

 

 

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