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10 avril 2008 4 10 /04 /avril /2008 23:30




La langue hébraïque restituée

et le Véritable sens des mots hébreux rétabli et prouvé par leur analyse radicale

par FABRE-D'OLIVET

PREMIERE PARTIE

§. II. Langue hébraïque ; authenticité du Sépher de Moyse ;

vicissitudes que ce livre a éprouvées. (fin)



Chapitre I

Chapitre II - 1

Moyse avait pénétré dans les sanctuaires de l'Égypte, et il avait été initié aux mystères ; on le découvre facilement en examinant la forme de sa Cosmogonie. Il possédait sans doute un grand nombre d'hiéroglyphes qu'il expliquait dans ses écrits, ainsi que Phylon l'assure 55 ; son génie et son inspiration particulière faisaient le reste. Il se servait de la langue égyptienne dans toute sa pureté 56. Cette langue était alors parvenue au plus haut degré de perfection. Elle ne tarda pas à s'abâtardir entre les mains d'une peuplade grossière, abandonnée à elle-même au milieu des déserts de l'Idumée. C'était un géant qui s'était montré tout à coup au sein d'une troupe de pygmées. Le mouvement extraordinaire qu'il avait imprimé à sa nation ne pouvait pas durer, mais ils suffisait que le dépôt sacré qu'il lui laissait dans le Sépher fût gardé avec soin pour que les vues de la Providence fussent remplies. II paraît, au dire des plus fameux rabbins 57, que Moyse lui-même prévoyant le sort que son livre devait subir, et les fausses interprétations qu'on devait lui donner par la suite des temps, eut recours à une loi orale qu'il donna de vive voix à des hommes sûrs dont il avait éprouvé la fidélité, et qu'il chargea de transmettre, dans le secret du sanctuaire, à d'autres hommes qui, la transmettant à leur tour d'âge en age, la fissent ainsi parvenir à la postérité la plus reculée 58. Cette loi orale, que les Juifs modernes se flattent encore de posséder, se nomme Kabbale 59, d'un mot hébreu qui signifie ce qui est reçu, ce qui vient d'ailleurs, ce qui se passe de main en main, etc. Les livres les plus fameux qu'ils possèdent, tels que ceux du Zohar, le Bahir ; les Medrashim, les deux Gemares, qui composent le Thalmud, sont presque entièrement kabbalistiques.

55 De vitâ Mos.

56 Je ne me suis point arrêté à combattre l'opinion de ceux qui paraissent croire que le copte ne diffère point de l'égyptien antique ; car, comment s'imaginer qu'une pareille opinion soit sérieuse ? Autant vaudrait dire que la langue de Bocace et du Dante est la même que celle de Cicéron et de Virgile. On peut faire montre d'esprit en soutenant un tel paradoxe ; mais on ne fera preuve ni de critique, ni même de sens commun.

57 Moyse de Cotsi : Pref. au grand Livre des Command. de la Loi. Aben-Esra, Jesud Mora, etc.

58 Boulanger : Antiq. dev. L. I. c. 22.

59 קבל

Il serait très difficile de dire aujourd'hui si Moyse a réellement laissé cette loi orale, ou si, l'ayant laissée, elle ne s'est point altérée, comme paraît l'insinuer le savant Maimonides, quand il écrit que ceux de sa nation ont perdu la connaissance d'une infinité de choses sans lesquelles il est presque impossible d'entendre la Loi 60. Quoi qu'il en soit, on ne peut se dissimuler qu'une pareille institution ne fut parfaitement dans l'esprit des Égyptiens, dont on connaît assez le penchant pour les mystères.

60 Rambam. More. Nevoch. Part. I. c. 21.

Au reste, la chronologie peu cultivée avant les conquêtes de Kosrou, ce fameux monarque persan que nous nommons Cyrus, ne permet guère de fixer l'époque de l'apparition de Moyse. Ce n'est que par approximation qu'on peut placer, environ quinze cents ans avant l'ère chrétienne, l'émission du Sépher. Après la mort de ce législateur théocratique, le peuple auquel il avait confié ce dépôt sacré demeure encore dans le désert pendant quelque temps, et ne s'établit qu'après plusieurs combats. Sa vie errante influe sur son langage, qui dégénère rapidement. Son caractère s'aigrit ; son esprit turbulent s'allume. Il tourne les mains contre lui-même. Sur douze tribus qui le composaient, une, celle de Benjamin, est presque entièrement détruite. Cependant la mission qu'il avait à remplir, et qui avait nécessité des lois exclusives, alarme les peuples voisins ; ses moeurs, ses institutions extraordinaires, son orgueil, les irritent ; il est en butte à leurs attaques. En moins de quatre siècles, il subit jusqu'à six fois l'esclavage ; et six fois il est délivré par les mains de la Providence, qui veut sa conservation. Au milieu de ces catastrophes redoublées, le Sépher est respecté : couvert d'une utile obscurité, il suit les vaincus, échappe aux vainqueurs, et pendant longtemps reste inconnu à ses possesseurs mêmes. Trop de publicité eût alors entraîné sa perte. S'il est vrai que Moyse eût laissé des instructions orales pour éviter la corruption du texte, il n'est pas douteux qu'il n'eût pris toutes les précautions possibles pour veiller à sa conservation : On peut donc regarder comme une chose très probable, que ceux qui se transmettaient en silence et dans le plus inviolable secret, les pensées du prophète, se confiaient de la même manière son livre ; et, au milieu des troubles, le préservaient de la destruction.

Mais enfin, après quatre siècles de désastres, un jour plus doux semble luire sur Israël. Le sceptre théocratique est partagé ; les Hébreux se donnent un roi, et leur empire, quoique resserré par de puissants voisins, ne reste pas sans éclat. Ici un nouvel écueil se montre. La prospérité va faire ce que n'ont pu les plus effroyables revers. La mollesse, assise sur le trône, s'insinue jusque dans les derniers rangs du peuple. Quelques froides chroniques, quelques allégories mal comprises, des chants de vengeance et d'orgueil, des chansons de volupté, décorés des noms de Josué, de Ruth, de Samuel, de David, de Salomon, usurpent la place du Sépher. Moyse est négligé ; ses lois sont méconnues. Les dépositaires de ses secrets, investis par le luxe, en proie à toutes les tentations de l'avarice, vont oublier leurs serments. La Providence lève le bras sur ce peuple indocile, le frappe au moment où il s'y attendait le moins. Il s'agite dans des convulsions intestines ; il se déchire. Dix tribus se séparent et gardent le nom d'Israël. Les deux autres tribus prennent le nom de Juda. Une haine irréconciliable s'élève entre ces deux peuples rivaux ; ils dressent autel contre autel, trône contre trône : Samarie et Jérusalem ont chacune leur sanctuaire. La sûreté du Sépher naît de cette division.

Au milieu des controverses que fait naître ce schisme, chaque peuple rappelle son origine, invoque ses lois méconnues, cite le Sépher oublié. Tout prouve que ni l'un ni l'autre ne possédait plus ce livre, et que ce ne fut que par un bienfait du ciel qu'il fut trouvé, longtemps après 61, au fond d'un vieux coffre, couvert de poussière, mais heureusement conservé sous un amas de pièces de monnaie que l'avarice avait vraisemblablement entassées en secret, et cachées à tous les yeux. Cet évènement décida du sort de Jérusalem. Samarie privée de son palladium, frappée un siècle auparavant par la puissance des Assyriens, était tombée ; et ses dix tribus, captives, dispersées parmi les nations de l'Asie, n'ayant aucun lien religieux, ou, pour parler plus clairement, n'entrant plus dans les vues conservatrices de la Providence, s'y étaient fondues : tandis que Jérusalem, ayant recouvré son code sacré, au moment de son plus grand péril, s'y attacha avec une force que rien ne put briser. Vainement les peuples de Juda furent conduits à l'esclavage ; vainement leur cité royale fut détruite comme l'avait été Samarie, le Sépher, qui les suivit à Babylone, fut leur sauvegarde. Ils purent bien perdre, pendant les soixante-dix ans que dura leur captivité, jusqu'à leur langue maternelle, mais non pas être détachés de l'auteur pour leurs lois. Il ne fallait pour les leur rendre qu'un homme de génie. Cet homme se trouva, car le génie ne manque jamais là où la Providence l'appelle.

61 Voyez Chroniq. II. c. 34. v. 14 et suiv. : et conférez Rois. II ch. 12.

Esdras était le nom de cet homme. Son âme était forte, et sa constance à l'épreuve de tout. Il voit que le moment est favorable, que la chute de l'empire assyrien, renversé par les mains de Cyrus, lui donne la facilité de rétablir le royaume de Juda. Il en profite habilement. Il obtient du monarque persan la liberté des Juifs ; il les conduit sur les ruines de Jérusalem. Mais avant même leur captivité, la politique des rois d'Assyrie avait ranimé le schisme samaritain. Quelques peuplades cuthéennes ou scythiques, amenées à Samarie, s'y étaient mêlées à quelques débris d'Israël, et même à quelques restes de Juifs qui s'y étaient réfugiés. On avait à Babylone conçu le dessein de les opposer aux Juifs dont l'opiniâtreté religieuse inquiétait 62. On leur avait envoyé une copie du Sépher hébraïque, avec un prêtre dévoué aux intérêts de la cour. Aussi, lors qu'Esdras parut, ces nouveaux samaritains s'opposèrent de toutes leurs forces à son établissement 63. Ils l'accusèrent auprès du grand roi de fortifier une ville, et de faire plutôt une citadelle qu'un temple. On dit même que, non contents de le calomnier, ils s'avancèrent vers lui pour le combattre.

62 Rois, II. ch. 27. v. 17.

63 Joseph : Hist. Jud. L. XI. c. 4.

Mais Esdras était difficile à intimider. Non seulement il repousse ces adversaires, déjoue leurs intrigues ; mais les frappant d'anathème lève entre eux et les Juifs une barrière insurmontable. Il fait plus ne pouvant leur ôter le Sépher hébraïque, dont ils avaient reçu la copie de Babylone, il songe à donner une autre forme au sien, et prend la résolution d'en changer les caractères.

Ce moyen était d'autant plus facile, que les Juifs ayant, à cette époque, non seulement dénaturé, mais perdu tout à fait l'idiome de leurs aïeux, en lisaient les caractères antiques avec difficulté, accoutumés comme ils l'étaient au dialecte assyrien, et aux caractères plus modernes dont les Chaldéens avaient été les inventeurs. Cette innovation que la politique seule semblait commander, et qui sans doute s'attachait à des considérations plus élevées, eut les suites les plus heureuses par la conservation du texte de Moyse, ainsi que j'en parlerai  dans ma Grammaire. Elle fit naître entre les deux peuples une émulation qui n'a pas peu contribué à faire parvenir jusqu'à nous un livre auquel devait s'attacher de si hauts intérêts.

Esdras, au reste, n'agit pas seul dans cette circonstance. L'anathème qu'il avait lancé contre les Samaritains ayant été approuvé par les docteurs de Babylone, il les convoqua, et tint avec eux cette grande synagogue, si fameuse dans les livres des rabbins 64. Ce fut là que le changement de caractères fut arrêté ; qu'on admit les points-voyelles dans l'usage vulgaire de l'écriture, et que commença l'antique massore qu'il faut bien se garder de confondre avec la massore moderne, ouvrage des rabbins de Tibériade, et dont l'origine ne remonte pas au delà du cinquième siècle de l'ère Chrétienne 65.

64 R. Eleasar.

65 La première mashore dont le nom indique l'origine assyrienne, ainsi que je le démontrerai dans ma Grammaire, règle la manière dont on doit écrire le Sépher, tant pour l'usage du temple que pour celui des particuliers ; les caractères qu'on doit y employer, les différentes divisions en livres, chapitres et versets que l'on doit admettre dans les ouvrages de Moyse ; la seconde massore, que j'écris avec une orthographe différente pour la distinguer de la première, outre les caractères, les points-voyelles, les livres, chapitres et versets dont elle s'occupe également, entre dans les détails les plus minutieux touchant le nombre de mots et de lettres qui composent chacune de ces divisions en particulier, et de l'ouvrage en général ; note ceux des versets où quelque lettre manque, est superflue, ou bien a été changée pour une autre ; désigne par le mot Keri et Chetib les diverses leçons qu'on doit substituer, en lisant, les unes aux autres; marque le nombre de fois que le même mot se trouve au commencement, au milieu ou à la fin d'un verset; indique quelles lettres doivent être prononcées, sous-entendues, tournées sens dessus dessous, écrites perpendiculairement, etc. etc. C'est pour n'avoir pas voulu distinguer ces deux institutions l'une de l'autre, que les savants des siècles passés se sont livrés à des discussions si vives : les uns, comme Buxtorff qui ne voyait que la première mashore d'Esdras, ne voulaient point accorder qu'il y eût rien de moderne, ce qui était ridicule relativement aux minuties dent je viens de parler : les autres, comme Cappelle, Morin, Walton, Richard Simon même, qui ne voyaient que la massore des rabbins de Tibériade, niaient qu'il y eût rien d'ancien, ce qui était encore plus ridicule, relativement aux choix des caractères, aux points voyelles et aux divisions primitives du Sépher, parmi les rabbins, tous ceux qui ont quelque nom ont soutenu l'antiquité de la massore ; il n'y a eu que le seul Elias-Levita qui l'ait rapportée à des temps plus modernes. Mais peut-être n'entendait-il parler que de la massore de Tibériade. Il est rare que les rabbins disent tout ce qu'ils pensent.

Esdras fit plus encore. Tant pour s'éloigner des Samaritains que pour complaire aux Juifs qu'une longue habitude et leur séjour à Babylone avaient attachés à certaines écritures plus modernes que celle de Moyse, et beaucoup moins authentiques, il en fit un choix, retoucha celles qui lui parurent défectueuses ou altérées, et en composa un recueil qu'il joignit au Sépher. L'assemblée qu'il présidait approuva ce travail, que les Samaritains jugèrent impie ; car il est bon de savoir que les Samaritains ne reçoivent absolument que le Sépher de Moyse 66, et rejettent toutes les autres écritures comme apocryphes. Les Juifs eux-mêmes n'ont pas aujourd'hui une égale vénération pour tous les livres qui composent ce que nous appelons la Bible. Ils conservent les écrits de Moyse avec une attention beaucoup plus scrupuleuse, les apprennent par coeur, et les récitent beaucoup plus souvent que les autres. Les savants qui ont été à portée d'examiner leurs divers manuscrits, assurent que la partie consacrée aux livres de la Loi est toujours beaucoup plus exacte et mieux traitée que le reste 67.

66 Walton. Proleg. XI. Richard Simon : Hist. crit. L. I. Ch. 10.

67 Rich. Simon : Hist. crit. L. I. Ch. 8.

Cette révision et ces additions ont donné lieu de penser par la suite qu'Esdras avait été l'auteur de toutes les écritures de la Bible. Non seulement les philosophistes modernes ont embrassé cette opinion 68, qui favorisait leur scepticisme, mais plusieurs Pères de l'église, et plusieurs savants l'ont soutenue avec feu, la croyant plus conforme à leur haine contre les Juifs 69 : ils s'appuyaient surtout d'un passage attribué à Esdras lui-même 70. Je pense avoir assez prouvé par le raisonnement que le Sépher de Moyse ne pouvait être une supposition ni une compilation de morceaux détachés ; car on ne suppose ni ne compile jamais des ouvrages de cette nature : et quant à son intégrité du temps d'Esdras, il existe une preuve de fait qu'on ne peut accuser : c'est le texte samaritain. On sent bien, pour peu qu'on réfléchisse, que dans la situation où se trouvaient les choses, les Samaritains, ennemis mortels des Juifs, frappés d'anathème par Esdras, n'auraient jamais reçu un livre dont Esdras aurait été l'auteur. Ils se sont bien gardés de recevoir les autres écritures : et c'est aussi ce qui peut faire douter de leur authenticité 71. Mais mon dessein n'est nullement d'entrer dans une discussion à cet égard. C'est seulement des écrits de Moyse dont je m'occupe ; je les ai désignés exprès du nom de Sépher, pour les distinguer de la Bible en général, dont le nom grec rappelle la traduction des Septante, et comprend toutes les additions d'Esdras, et même quelques unes plus modernes.

68 Brolinbroke, Voltaire, Fréret, Boulanger, etc.

69 St. Basil. Epist. ad Chil. St. Clém. Alex. Strom. I. Tertull. de habit. mulier. c. 35. St. Iren. L. XXXIII. c. 25. Isidor. Etymol. L. VI. c. I. Leclerc : Sentim. de quelq. théolog. etc.

70 Esdras IV. c. 14. Ce Livre est regardé comme apocryphe.

71 Rich. Simon. Hist. crit. L. I. ch. 10.

A suivre...

Posté par Adriana Evangelizt

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